ï»żChapitre I - Jugement du voyage de Bougainville Au cours dâune discussion, A et B Ă©voquent le livre de Bougainville que B est en train de lire. A nâa pas lu cet ouvrage que B lui dĂ©crit. Il raconte ainsi le voyage de Bougainville, il parle dâAotourou, un otaĂŻtien qui accompagna Bougainville jusquâĂ Paris, et de la vie sauvage » des OtaĂŻtiens que B compare aux mĆurs europĂ©ennes, si diffĂ©rentes. B propose ensuite Ă A de lire un passage du Voyage concernant lâadieu que fit le chef dâune Ăźle aux voyageurs. Chapitre II - Les adieux du vieillard Ă lâarrivĂ©e des EuropĂ©ens, ce vieillard sâĂ©tait enfermĂ© chez lui. Lorsque ceux-ci sâen vont, le vieillard tient un discours dans lequel il dĂ©clare quâil faut se lamenter lorsquâils arrivent et non lorsquâils partent. Il reproche Ă Bougainville dâavoir introduit les vices europĂ©ens chez eux, dĂ©valorise la prĂ©tendue civilisation europĂ©enne et souhaite aux navires de couler. Chapitre III - Entretien de lâaumĂŽnier et dâOrou LâotaĂŻtien Orou loge un aumĂŽnier. AprĂšs le repas, Orou propose Ă lâaumĂŽnier de choisir entre sa femme et ses trois filles afin que lâune dâentre elles devienne mĂšre. LâaumĂŽnier refuse Ă cause de sa religion. Sâen suit une discussion sur les rapports entre les hommes et les femmes dans la sociĂ©tĂ© otaĂŻtienne, ainsi que sur la religion. Orou ne comprend pas les EuropĂ©ens, qui sont censĂ©s obĂ©ir Ă lâĂtat et Ă Dieu, mais qui ne sont pas punis lorsquâils ne le font pas. La conversation retourne Ă A et B qui parlent de miss Polly Baker, une femme qui a Ă©tĂ© de nombreuses fois enceinte sans ĂȘtre mariĂ©e. Elle a Ă©chappĂ© Ă la punition prĂ©vue en renvoyant la culpabilitĂ© sur les hommes. Chapitre IV - Suite de lâentretien de lâaumĂŽnier et dâOrou LâaumĂŽnier et Orou poursuivent la comparaison de leurs cultures respectives. Il est notamment question dâinceste, dâadultĂšre, de lâimportance des enfants, de lâargent, des religieux. Orou ne comprend pas les obligations qui lient les moines. LâaumĂŽnier finit par cĂ©der Ă la tentation que reprĂ©sentent les filles et la femme dâOrou. Chapitre V - Suite du dialogue entre A et B Ă leur tour, A et B comparent les sociĂ©tĂ©s dâEurope et dâOtaĂŻti. Ils se rendent compte que beaucoup des principes auxquels ils tiennent ne sont pas naturels mais acquis. Il leur semble que lâhomme sauvage est davantage dans le juste que lâhomme civilisĂ© il faudrait en effet se rapprocher davantage des lois de la nature.
SUPPLĂMENT AU VOYAGE DE BOUGAINVILLE, de Denis Diderot > Utopie critique sur l'Ă©tat de nature, brĂ»lot anticolonialiste, polyphonie, dialogisme. Comme le Paradoxe sur le comĂ©dien, le SupplĂ©ment au Voyage de Bougainville n'est Ă l'origine qu'un compte rendu de lecture destinĂ© Ă La Correspondance littĂ©raire de Grimm une note sur le Voyage autour du monde 1771 que Bougainville rĂ©digea Ă partir du Journal tenu lors de son voyage Ă Tahiti 6-15 avril 1768. Il existe plusieurs versions manuscrites du texte => le SupplĂ©ment au Voyage de Bougainville tĂ©moigne de la dimension de crĂ©ation continuĂ©e » qui caractĂ©rise la pensĂ©e de Diderot. Elle va de pair avec le refus de tout dogmatisme et de toute rĂ©ponse arrĂȘtĂ©e dans la question centrale qui occupe le siĂšcle des LumiĂšres celle de l'Ă©tat de nature et de l'usage critique de cette notion. Une Ćuvre polyphonique Le SupplĂ©ment au Voyage de Bougainville fait entendre plusieurs voix les deux interlocuteurs, A et B, commentent, texte Ă l'appui, ce Voyage que B est en train de lire, et dont il prĂ©tend restituer l'intĂ©gralitĂ©, car les passages licencieux en auraient Ă©tĂ© supprimĂ©s. Cette fiction justifie le supplĂ©ment », terme dĂ©fini par le Dictionnaire de TrĂ©voux comme ce qu'on ajoute Ă un auteur, pour remplir les lacunes qui se trouvaient dans ses ouvrages ». SupplĂ©er consiste ici, pour Diderot, Ă commenter le Voyage de Bougainville sans laisser la parole Ă l'explorateur lui-mĂȘme. La version longue du texte comporte cinq parties, dont la premiĂšre et la derniĂšre, respectivement Jugement du Voyage de Bougainville » et Suite du dialogue entre A et B », encadrent d'autres discours rapportĂ©s la prosopopĂ©e d'un vieux Tahitien Les Adieux du vieillard », l' Entretien de l'aumĂŽnier et d'Orou » III qui contient, en un nouvel enchĂąssement, l'histoire de Polly Baker et sa dĂ©fense devant les juges rapportĂ©e au discours direct, enfin la suite de l'entretien de l'aumĂŽnier et d'Orou dans la section IV, non titrĂ©e. PluralitĂ© des voix, mais aussi intertextualitĂ© exhibĂ©e par une activation du principe dialogique » MikhaĂŻl Bakhtin. Participent Ă©galement de cette polyphonie le glissement d'un plan de l'Ă©nonciation Ă un autre, comme lorsque A s'adresse fictivement Ă Aotourou, le Tahitien que Bougainville a ramenĂ© en France et promenĂ© dans les salons parisiens O Aotourou, que tu seras content de revoir ton pĂšre, ta mĂšre, tes frĂšres, tes sĆurs, tes compatriotes ! Que leur diras-tu de nous ? ». MĂȘlant lyrisme et ironie, Diderot met en scĂšne un dĂ©bat philosophique, dont les termes sont clairement rĂ©sumĂ©s par A au terme du dialogue Reviendrons-nous Ă la nature ? Nous soumettrons-nous aux lois ? » B donne sa rĂ©ponse, celle d'une adaptation Ă un Ă©tat de fait â Prendre le froc du pays oĂč l'on va, et garder celui du pays oĂč l'on est ». Utopie critique Dans le SupplĂ©ment, Tahiti fonctionne comme une utopie, Ă la maniĂšre de la rĂ©publique idĂ©ale de Thomas More. Dans cette Ăźle prĂ©servĂ©e de la civilisation et d'abord de la propriĂ©tĂ© â Diderot rejoint ici le Rousseau du Discours sur l'origine de l'inĂ©galitĂ© 1755 â, la terre appartient Ă tous, femmes et hommes, sĆurs et frĂšres, pĂšres et filles s'aiment librement, sans l'entrave de la pudeur ni de la loi. Les mots d' inceste » et d' anarchie » sont prononcĂ©s. Fiction critique, exaltant l' homme naturel » effacĂ© par l' homme artificiel » de la civilisation, au service d'une inversion des perspectives caractĂ©ristique des LumiĂšres Ă le vilain pays ! dit Orou Ă l'AumĂŽnier français. Si tout y est ordonnĂ© comme tu m'en dis, vous ĂȘtes plus barbares que nous. » Le SupplĂ©ment est un brĂ»lot anti-colonialiste et un appel Ă l'insoumission. Le dialogue et le dialogisme si visibles du SupplĂ©ment montrent le refus de conclure, et la balance tenue entre une option et une autre, entre libertĂ© sexuelle revendiquĂ©e et exigence morale, entre hypothĂšse sĂ©duisante de l'anarchie politique et rĂ©gulation par une autoritĂ©, fĂ»t-elle au plus prĂšs de la nature.
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Pleurez, malheureux TaĂŻtiens ! pleurez ; mais que ce soit de l'arrivĂ©e, et non du dĂ©part de ces hommes ambitieux et mĂ©chants un jour, vous les connaĂźtrez mieux. Un jour, ils reviendront, le morceau de bois que vous voyez attachĂ© Ă la ceinture de celui-ci, dans une main, et le fer qui pend au cĂŽtĂ© de celui-lĂ , dans l'autre, vous enchaĂźner, vous Ă©gorger, ou vous assujettir Ă leurs extravagances et Ă leurs vices ; un jour vous servirez sous eux, aussi corrompus, aussi vils, aussi malheureux qu'eux. Mais je me console ; je touche Ă la fin de ma carriĂšre ; et la calamitĂ© que je vous annonce, je ne la verrai point. O TaĂŻtiens ! mes amis ! vous auriez un moyen d'Ă©chapper Ă un funeste avenir ; mais j'aimerais mieux mourir que de vous en donner le conseil. Qu'ils s'Ă©loignent, et qu'ils vivent. » Puis s'adressant Ă Bougainville, il ajouta Et toi, chef des brigands qui t'obĂ©issent, Ă©carte promptement ton vaisseau de notre rive nous sommes innocents, nous sommes heureux ; et tu ne peux que nuire Ă notre bonheur. Nous suivons le pur instinct de la nature ; et tu as tentĂ© d'effacer de nos Ăąmes son caractĂšre. Ici tout est Ă tous ; et tu nous as prĂȘchĂ© je ne sais quelle distinction du tien et du mien. Nos filles et nos femmes nous sont communes ; tu as partagĂ© ce privilĂšge avec nous ; et tu es venu allumer en elles des fureurs inconnues. Elles sont devenues folles dans tes bras ; tu es devenu fĂ©roce entre les leurs. Elles ont commencĂ© Ă se haĂŻr ; vous vous ĂȘtes Ă©gorgĂ©s pour elles ; et elles nous sont revenues teintes de votre sang. Nous sommes libres ; et voilĂ que tu as enfoui dans notre terre le titre de notre futur esclavage. Tu n'es ni un dieu, ni un dĂ©mon qui es-tu donc, pour faire des esclaves ? Orou ! toi qui entends la langue de ces hommes-lĂ , dis-nous Ă tous, comme tu me l'as dit Ă moi, ce qu'ils ont Ă©crit sur cette lame de mĂ©tal Ce pays est Ă nous. Ce pays est Ă toi ! et pourquoi ? parce que tu y as mis le pied ? Si un TaĂŻtien dĂ©barquait un jour sur vos cĂŽtes, et qu'il gravĂąt sur une de vos pierres ou sur l'Ă©corce d'un de vos arbres Ce pays appartient aux habitants de TaĂŻti, qu'en penserais-tu ?... Tu n'es pas esclave tu souffrirais la mort plutĂŽt que de l'ĂȘtre, et tu veux nous asservir ! Tu crois donc que le TaĂŻtien ne sait pas dĂ©fendre sa libertĂ© et mourir ? Celui dont tu veux t'emparer comme de la brute, le TaĂŻtien est ton frĂšre. Vous ĂȘtes deux enfants de la nature ; quel droit as-tu sur lui qu'il n'ait pas sur toi ? Tu es venu ; nous sommes-nous jetĂ©s sur ta personne ? avons-nous pillĂ© ton vaisseau ? t'avons-nous saisi et exposĂ© aux flĂšches de nos ennemis ? t'avons-nous associĂ© dans nos champs au travail de nos animaux ? Nous avons respectĂ© notre image en toi. Laisse nous nos moeurs ; elles sont plus sages et honnĂȘtes que les tiennes ; nous ne voulons plus troquer ce que tu appelles notre ignorance contre tes inutiles lumiĂšres. Tout ce qui nous est nĂ©cessaire et bon, nous le possĂ©dons. Sommes-nous dignes de mĂ©pris, parce que nous n'avons pas su nous faire des besoins superflus ? Lorsque nous avons faim, nous avons de quoi manger ; lorsque nous avons froid, nous avons de quoi nous vĂȘtir. Tu es entrĂ© dans nos cabanes, qu'y manque-t-il, Ă ton avis ? Poursuis jusqu'oĂč tu voudras ce que tu appelles les commoditĂ©s de la vie ; mais permets Ă des ĂȘtres sensĂ©s de s'arrĂȘter, lorsqu'ils n'auraient Ă obtenir, de la continuitĂ© de leurs pĂ©nibles efforts, que des biens imaginaires. Va dans ta contrĂ©e t'agiter, te tourmenter tant que tu voudras ; laisse-nous reposer ne nous entĂȘte ni de tes besoins factices, ni de tes vertus chimĂ©riques.
Comprenanttoutes les ressources utiles au lycĂ©en pour Ă©tudier l'oeuvre : - des repĂšres historiques et biographiques ; - des fiches sur les principaux axes de lecture de l'oeuvre ; - deux groupements de textes thĂ©matiques ; - des documents iconographiques en couleurs et des lectures d'images ; - des sujets de type bac pour l'Ă©crit et pourBeschreibung des Verlags Cette fiche de lecture sur le SupplĂ©ment au voyage de Bougainville de Diderot propose une analyse complĂšte un rĂ©sumĂ© du SupplĂ©ment au Voyage de Bougainvilleune analyse des personnages une analyse des thĂšmes et axes de lectureApprĂ©ciĂ©e des lycĂ©ens, cette fiche de lecture sur Le SupplĂ©ment au Voyage de Bougainville de Diderot a Ă©tĂ© rĂ©digĂ©e par un professeur de propos de propose plus 2500 analyses complĂštes de livres sur toute la littĂ©rature classique et contemporaine des rĂ©sumĂ©s, des analyses de livres, des questionnaires et des commentaires composĂ©s, etc. Nos analyses sont plĂ©biscitĂ©es par les lycĂ©ens et les enseignants. Toutes nos analyses sont tĂ©lĂ©chargeables directement en ligne. FichesdeLecture est partenaire du MinistĂšre de l' d'informations sur Mehr BĂŒcher von Sophie Lecomte & Bienvenuedans la collection Les Fiches de lecture dâUniversalis. La genĂšse et lâĂ©dition des Ćuvres de Diderot (1713-1784) sont souvent complexes et problĂ©matiques : comme le Paradoxe sur le comĂ©dien (conçu en 1769, publiĂ© en 1830), le SupplĂ©ment au Voyage de Bougainville nâest Ă lâorigine quâun compte rendu de lecture destinĂ© Ă La Correspondance littĂ©raire de SupplĂ©ment au Voyage de Bougainville de Diderot SupplĂ©ment au Voyage de Bougainville est un conte philosophique de Diderot paru en 1772. Deux personnages A et B s'entretiennent du livre du navigateur français Louis Antoine de Bougainville Voyage autour du monde. Diderot propose donc un supplĂ©ment fictif oĂč il revient sur certains passages du voyage et les critique Ă travers une mise en scĂšne des Ă©vĂ©nements. Nous prĂ©senterons sur cette fiche de lecture une biographie de l'auteur, suivie d'un rĂ©sumĂ© puis d'une prĂ©sentation des personnages principaux ainsi que des thĂšmes qui y sont abordĂ©s. Enfin, nous verrons l'intĂ©rĂȘt du livre et les liens que nous pouvons Ă©tablir avec d'autres Ćuvres de la littĂ©rature. . L'auteur Denis Diderot 1713-1784 est un Ă©crivain et philosophe français des LumiĂšres issu de la bourgeoisie aisĂ©e. Il intĂšgre les jĂ©suites de Langres en 1723 oĂč il se montre trĂšs bon Ă©lĂšve. Il reçoit la tonsure en 1726 ce qui lui permet de porter le titre d'abbĂ© » et le manteau court. Il s'installe Ă Paris en 1729 oĂč il frĂ©quente les collĂšges Louis-Le-Grand et Harcourt dans le but de devenir jĂ©suite, puis est reçu maĂźtre des arts de l'UniversitĂ© de Paris en 1732. Cependant, il se tourne vers le droit lorsque le diocĂšse de Langres lui est refusĂ© aprĂšs qu'il soit reçu bachelier. Il mĂšne alors une vie de bohĂšme entre plusieurs petits emplois ce qui conduit son pĂšre Ă lui couper les vivres ; il rencontre Rousseau pendant cette pĂ©riode. Il rencontre Anne-Toinette Champion avec qui il aura 4 enfants, mais son pĂšre s'oppose, le fait enfermer dans un couvent duquel il s'Ă©chappe et se marie clandestinement. Ă partir de 1744, il dĂ©bute la traduction avec le Dictionnaire universel de mĂ©decine du Dr James puis publie clandestinement PensĂ©es philosophiques qui est condamnĂ© par le Parlement contraire Ă la religion et aux bonnes mĆurs. De 1747 Ă 1766, il se consacre Ă l'Ă©laboration de l'EncyclopĂ©die qu'il dirige avec d'Alembert et qui lui attire de nombreuses menaces le poussant Ă publier les 10 derniers tomes sur 28 sans l'accord du roi. Il publie en 1749 Lettre sur les aveugles Ă l'usage de ceux qui voient lui valant un emprisonnement Ă Vincennes de quelques mois. En 1751, il est nommĂ© membre de l'AcadĂ©mie de Berlin et voit de plus en plus d'opposants Ă l'EncyclopĂ©die. AprĂšs des tensions entre Diderot et Rousseau, ce dernier rompt avec le clan encyclopĂ©dique » en 1758. En 1762, l'impĂ©ratrice Catherine II de Russie propose son aide Ă Diderot quant Ă faire imprimer l'EncyclopĂ©die en Russie et Voltaire l'en fĂ©licite mais Diderot refuse. L'impĂ©ratrice lui apporte toutefois son aide en lui apportant son soutien publique et en lui versant des rentes consĂ©quentes. En 1773, il part pour la Hollande et la Russie oĂč il remercie la tsarine et lui accorde des entretiens quotidiens. Il retourne Ă Paris le 21 octobre 1774. Sa santĂ© se dĂ©grade Ă partir de 1781, puis celle de d'Alembert. Ce dernier meurt le 20 octobre 1783. En juillet 1784, Diderot s'installe dans un appartement louĂ© par Catherine II. Il dĂ©cĂšde le 31 juillet et est inhumĂ© le lendemain Ă Saint-Roch. La Religieuse 1760, Jacques le fataliste et son maĂźtre 1796 . L'Ćuvre L'Ćuvre est composĂ©e de cinq chapitres I - Jugement du voyage de Bougainville Le chapitre dĂ©bute au milieu d'une conversation entre A et B Ă propos du ciel puis aborde le livre de Bougainville que lit B pour faire passer le temps. A qui ne l'a pas lu questionne alors B. C'est ainsi qu'est dĂ©crit Bougainville et que sont introduites les grandes Ă©tapes de son voyage. A Ă©voque ensuite l'OtaĂŻtien, Aotourou, que Bougainville a ramenĂ© Ă Paris et B commence Ă parler de la simplicitĂ© et la sagesse de la vie sauvage » en rĂ©fĂ©rence aux OtaĂŻtiens. Pour appuyer ses dires, il propose Ă A de lire le SupplĂ©ment du voyage. II - Les adieux du vieillard Un vieillard qui s'Ă©tait retranchĂ© chez lui lors du sĂ©jour des EuropĂ©ens, sort lors de leur dĂ©part. Il s'adresse Ă son peuple leur disant qu'il faut dĂ©plorer l'arrivĂ©e de ces envahisseurs et non leur dĂ©part. Puis, il blĂąme Bougainville, lui reprochant d'avoir apportĂ© le vice. Il critique les mĆurs des EuropĂ©ens civilisĂ©s » et les compare Ă celles, sages, des OtaĂŻtiens sauvages ». Enfin, il maudit Bougainville et son Ă©quipage, souhaitant que leurs navires fassent naufrage. III - Entretien de l'aumĂŽnier et d'Orou B raconte Ă A les Ă©vĂ©nements entre l'aumĂŽnier qui logea chez l'OtaĂŻtien Orou. Orou offre Ă son invitĂ© aprĂšs le repas, sa femme et ses trois filles dans le but que l'aumĂŽnier en choisisse une et la fasse devenir mĂšre selon les coutumes otaĂŻtiennes. Mais l'aumĂŽnier refuse en accord avec les principes de sa religion » et de son Ă©tat ». Les deux individus discutent alors des coutumes otaĂŻtiennes, des relations hommes/femmes, de la religion et de l'Ătat de l'aumĂŽnier. Orou en vient Ă critiquer le mode de vie des EuropĂ©ens qui doivent obĂ©ir Ă Dieu, aux magistrats et aux prĂȘtres Ă la fois, mais qui ne le font pas et ne sont pas chĂątiĂ©s. Enfin A et B lisent en marge les qualitĂ©s d'une bonne femme une femme belle et fine chez les EuropĂ©ens contre une femme fĂ©conde en OtaĂŻti. Enfin, A et B Ă©voquent l'histoire de Miss Polly Baker qui se retrouve enceinte pour la 5e fois hors mariage. Suite Ă son argumentation sur la culpabilitĂ© des hommes, elle Ă©chappe Ă son amende. IV - Suite de l'entretien de l'aumĂŽnier et d'Orou L'aumĂŽnier et Orou continue d'en apprendre davantage sur la culture de l'autre. Ils discutent du libertinage, d'inceste, d'adultĂšre, de la valeur d'un enfant en OtaĂŻti et celle des biens en Europe, puis de la position de moine de l'aumĂŽnier. Orou critique celle-ci oĂč les moines se sont soumis Ă des contraintes pour des raisons floues, serment qu'ils ne respectent pas. Enfin, l'aumĂŽnier raconte qu'il cĂšde aux trois filles et Ă la femme d'Orou. V - Suite du dialogue entre A et B A et B comparent le mode de vie otaĂŻtien et europĂ©en et critiquent la sociĂ©tĂ© europĂ©ennes et ses lois sans fondement et contradictoires. Ils se demandent si le mariage, la galanterie, la coquetterie, la constance, la fidĂ©litĂ© et la pudeur sont des principes de la nature et finissent par s'interroger sur leur propre sociĂ©tĂ©. Ils se demandent si l'homme sauvage » n'est pas meilleur que l'homme des villes ». Le chapitre se termine sur leur volontĂ© de revenir aux lois de la Nature. Puis, comme le brouillard est tombĂ©, ils prĂ©voient dĂ©jĂ ce qu'ils feront aprĂšs dĂźner. Les personnages principaux L'aumĂŽnier est un moine europĂ©en qui a fait serment de chastetĂ©. Il doit obĂ©ir Ă Dieu, de mĂȘme qu'il doit suivre les principes des prĂȘtres et des magistrats, non toujours respectĂ©s. De plus, il se retrouve dans l'embarras quand ces principes sont contradictoires comme le lui dĂ©montre Orou. De mĂȘme, il refuse d'accĂ©der Ă la demande de ce dernier concernant sa femme et ses filles pour ne pas aller Ă l'encontre de ses principes mais cĂšde par honnĂȘtetĂ© ». C'est un personnage fait de contradictions qui adhĂšre facilement au mode de vie tahitien Ă cause de la complexitĂ© et l'incohĂ©rence de son propre mode de vie. Le vieillard est la voix de la sagesse. Il exprime un discours de rĂ©volte contre les Ă©trangers colonisateurs » qui selon lui apportent le vice dans son peuple et ailleurs sur les terres oĂč ils s'arrĂȘtent. Il met en garde ses compatriotes et leur annonce un avenir sombre Ă cause de ces Ă©trangers qui prendraient leurs biens et les rĂ©duiraient en esclavage. Il a aussi une fonction de mise en garde puisqu'il est clairvoyant. Les thĂšmes Le thĂšme du colonialisme est abordĂ©e en premier lieu lorsque les EuropĂ©ens arrivent en OtaĂŻti. L'exploration le tour du monde est aussi une opportunitĂ© de constater le niveau de dĂ©veloppement et les richesses d'autres civilisations pour Ă©ventuellement s'en emparer et rĂ©duire les populations en esclavage ou les convertir au un mode de vie europĂ©en Un jour ils reviendront le morceau de bois que vous voyez attachĂ© Ă la ceinture de celui-ci dans une main, et le fer qui pend au cĂŽtĂ© de celui-lĂ dans l'autre, vous enchaĂźner ou vous assujettir Ă leurs extravagances et Ă leurs vices. » Chapitre II, discours du vieillard. Puis, Diderot compare deux exemples de sociĂ©tĂ© l'une est basĂ©e sur la loi naturelle et l'autre sur la domination de la religion et de l'Ătat. Ainsi, il critique cette derniĂšre par le biais d'une sociĂ©tĂ© utopique OtaĂŻti basĂ©e sur la nature et donc dĂ©pourvue de religion, de rĂšgles judiciaires et de l'autoritĂ© de l'Ătat. Il dĂ©finit son choix pour la loi naturelle qui vise Ă trouver le bonheur et satisfaire les besoins de la sociĂ©tĂ© Je ne sais pas ce qu'est la chose que tu appelles religion, mais je ne puis qu'en penser mal, puisqu'elle t'empĂȘche de goĂ»ter un plaisir innocent auquel nature, la souveraine maĂźtresse, nous invite tous [âŠ]. Je ne sais pas ce qu'est la chose que tu appelles Ă©tat ; mais ton premier devoir est d'ĂȘtre homme et d'ĂȘtre reconnaissant. » Chapitre III, Orou Ă l'aumĂŽnier. Enfin, divers sujets tels que le mariage, l'adultĂšre, l'inceste, le libertinage apparaissent notamment lorsqu'il s'agit de comparer les pratiques des deux sociĂ©tĂ©s. L'intĂ©rĂȘt de l'Ćuvre Diderot propose originalement un supplĂ©ment inventĂ© Ă l'Ćuvre rĂ©elle de Bougainville dans le but d'y exprimer son opinion. Il y fait une satire de sa sociĂ©tĂ© et l'Ă©loge des lois naturelles. L'utilisation de nombreux dialogues donne la forme d'un dĂ©bat au livre ; d'abord entre deux personnages non identifiĂ©s A et B, puis entre l'aumĂŽnier et Orou sur le meilleur type de sociĂ©tĂ© Ă avoir. De plus, les rĂ©cits sont enchĂąssĂ©s, permettant d'avoir plusieurs histoires complĂ©mentaires avec la mise en abĂźme du voyage de Bougainville avec la lecture de A et B, eux mĂȘmes personnages du conte discutant du voyage. Ainsi, SupplĂ©ment au Voyage de Bougainville, conte philosophique de Diderot paru en 1772 nous fait rĂ©flĂ©chir sur la sociĂ©tĂ© de l'Ă©poque de l'auteur avec l'exemple d'un Tahiti utopique. Cette Ćuvre qui reflĂšte la pensĂ©e des LumiĂšres rappelle inĂ©luctablement Utopie de Thomas More, paru en 1516, qui est une satire de la sociĂ©tĂ© de son temps Ă travers la reprĂ©sentation d'une sociĂ©tĂ© parfaite rĂ©git par l'Ă©galitĂ©.
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Il s'agit d'une fiche de lecture sur un extrait du texte de François Diderot [u]SupplĂ©ment de voyage de Bougainville[/u]. Avec un extrait du texte, une description du type du texte, une Ă©tude mĂ©thodique, la synthĂšse des idĂ©es de cet extrait, ainsi qu'une courte fiche de vocabulaire associĂ©e au texte. Cette Ă©tude pouvant ĂȘtre utile pour les oraux ainsi que les commentaires de texte extrait majeur du texte de F. Diderot. [u]Extrait [/u] Qui sert Ă toucher le lecteur et qui cherche Ă convaincre sur la base de la relativitĂ© des systĂšmes sociaux et des faiblesses par rapport aux dĂ©fauts des sociĂ©tĂ©s europĂ©ennes. Qui utilise un vocabulaire simple, une grammaire courante le tout mono un texte accessible ainsi qu'Ă une meilleure diffusion des idĂ©es. ... Le conditionnelle porte ainsi sur une hypothĂšse d'inversion des rĂŽles le tahitien sommet Ă la place de l'europĂ©en et vice versa. Utilisation du ton sur le mode de l'indignation utilisation du ? Et du ! Utilisation du discours sur le mode de l'accusation. Il reproche aux EuropĂ©ens le vol, leur malhonnĂȘtetĂ© [...]Discoursdu vieillard, SupplĂ©ment au voyage de Bougainville, Diderot : analyse. Voici un commentaire du « discours du vieux tahitien », extrait du chapitre 2 du SupplĂ©ment au voyage de Bougainville de Diderot ( publiĂ© Denis DiderotSupplĂ©ment au voyage de BougainvilleGarnier, 1875-77 p. 193.â Voyage autour du monde par la frĂ©gatela BoudeuseuoDIALOGUE ENTRE A. ET lâinconvĂ©nient dâattacherdes idĂ©es morales Ă certaines actions physiquesqui nâen comportent pasAt quanto meliora monet, pugnantiaque istis,Dives opis Natura suĂŠ, tu si modo recteDispensare velis, ac non fugienda petendisImmiscere ! Tuo vitio rerumne labores,Nil referre putas ?Horat. Sat. lib. I, sat. ii, vers. 73 et seq.Ăcrit en 1772 â publiĂ© en 1796.IJUGEMENT DU VOYAGE DE Cette superbe voĂ»te Ă©toilĂ©e, sous laquelle nous revĂźnmes hier, et qui semblait nous garantir un beau jour, ne nous a pas Quâen savez-vous ?A. Le brouillard est si Ă©pais quâil nous dĂ©robe la vue des arbres Il est vrai ; mais si ce brouillard, qui ne reste dans la partie infĂ©rieure de lâatmosphĂšre que parce quâelle est suffisamment chargĂ©edâhumiditĂ©, retombe sur la terre ?A. Mais si au contraire il traverse lâĂ©ponge, sâĂ©lĂšve et gagne la rĂ©gion supĂ©rieure oĂč lâair est moins dense, et peut, comme disent leschimistes, nâĂȘtre pas saturĂ© ?B. Il faut attendre. A. En attendant, que faites-vous ?B. Je Toujours ce voyage de Bougainville ?B. Je nâentends rien Ă cet homme-lĂ . LâĂ©tude des mathĂ©matiques, qui suppose une vie sĂ©dentaire, a rempli le temps de ses jeunesannĂ©es ; et voilĂ quâil passe subitement dâune condition mĂ©ditative et retirĂ©e au mĂ©tier actif, pĂ©nible, errant et dissipĂ© de Nullement. Si le vaisseau nâest quâune maison flottante, et si vous considĂ©rez le navigateur qui traverse des espaces immenses,resserrĂ© et immobile dans une enceinte assez Ă©troite, vous le verrez faisant le tour du globe sur une planche, comme vous et moi letour de lâunivers sur votre Une autre bizarrerie apparente, câest la contradiction du caractĂšre de lâhomme et de son entreprise. Bougainville a le goĂ»t desamusements de la sociĂ©tĂ© ; il aime les femmes, les spectacles, les repas dĂ©licats ; il se prĂȘte au tourbillon du monde dâaussi bonnegrĂące quâaux inconstances de lâĂ©lĂ©ment sur lequel il a Ă©tĂ© ballottĂ©. Il est aimable et gai câest un vĂ©ritable Français lestĂ©, dâun bord,dâun traitĂ© de calcul diffĂ©rentiel et intĂ©gral, et de lâautre, dâun voyage autour du Il fait comme tout le monde il se dissipe aprĂšs sâĂȘtre appliquĂ©, et sâapplique aprĂšs sâĂȘtre Que pensez-vous de son Voyage ?B. Autant que jâen puis juger sur une lecture assez superficielle, jâen rapporterais lâavantage Ă trois points principaux une meilleureconnaissance de notre vieux domicile et de ses habitants ; plus de sĂ»retĂ© sur des mers quâil a parcourues la sonde Ă la main, et plusde correction dans nos cartes gĂ©ographiques. Bougainville est parti avec les lumiĂšres nĂ©cessaires et les qualitĂ©s propres Ă cesvues de la philosophie, du courage, de la vĂ©racitĂ© ; un coup dâĆil prompt qui saisit les choses et abrĂšge le temps des observations ;de la circonspection, de la patience ; le dĂ©sir de voir, de sâĂ©clairer et de sâinstruire ; la science du calcul, des mĂ©caniques, de lagĂ©omĂ©trie, de lâastronomie ; et une teinture suffisante dâhistoire Et son style ?B. Sans apprĂȘt ; le ton de la chose, de la simplicitĂ© et de la clartĂ©, surtout quand on possĂšde la langue des Sa course a Ă©tĂ© longue ?B. Je lâai tracĂ©e sur ce globe. Voyez-vous cette ligne de points rouges ?A. Qui part de Nantes ?B. Et court jusquâau dĂ©troit de Magellan, entre dans la mer Pacifique, serpente entre ces Ăźles formant lâarchipel immense qui sâĂ©tenddes Philippines Ă la Nouvelle-Hollande, rase Madagascar, le cap de Bonne-EspĂ©rance, se prolonge dans lâAtlantique, suit les cĂŽtesdâAfrique, et rejoint lâune de ses extrĂ©mitĂ©s Ă celle dâoĂč le navigateur sâest embarquĂ©. A. Il a beaucoup souffert ?B. Tout navigateur sâexpose, et consent de sâexposer aux pĂ©rils de lâair, du feu, de la terre et de lâeau mais quâaprĂšs avoir errĂ© desmois entiers entre la mer et le ciel, entre la mort et la vie ; aprĂšs avoir Ă©tĂ© battu des tempĂȘtes, menacĂ© de pĂ©rir par naufrage, parmaladie, par disette dâeau et de pain, un infortunĂ© vienne, son bĂątiment fracassĂ©, tomber, expirant de fatigue et de misĂšre, aux piedsdâun monstre dâairain qui lui refuse ou lui fait attendre impitoyablement les secours les plus urgents, câest une duretĂ© !âŠA. Un crime digne de Une de ces calamitĂ©s sur laquelle le voyageur nâa pas Et nâa pas dĂ» compter. Je croyais que les puissances europĂ©ennes nâenvoyaient, pour commandants dans leurs possessionsdâoutre-mer, que des Ăąmes honnĂȘtes, des hommes bienfaisants, des sujets remplis dâhumanitĂ©, et capables de compatirâŠB. Câest bien lĂ ce qui les soucie !A. Il y a des choses singuliĂšres dans ce voyage de Nâassure-t-il pas que les animaux sauvages sâapprochent de lâhomme, et que les oiseaux viennent se poser sur lui, lorsquâilsignorent le danger de cette familiaritĂ© ?B. Dâautres lâavaient dit avant Comment explique-t-il le sĂ©jour de certains animaux dans des Ăźles sĂ©parĂ©es de tout continent par des intervalles de mereffrayants ? Qui est-ce qui a portĂ© lĂ le loup, le renard, le chien, le cerf, le serpent ? B. Il nâexplique rien ; il atteste le Et vous, comment lâexpliquez-vous ?B. Qui sait lâhistoire primitive de notre globe ? Combien dâespaces de terre, maintenant isolĂ©s, Ă©taient autrefois continus ? Le seulphĂ©nomĂšne sur lequel on pourrait former quelque conjecture, câest la direction de la masse des eaux qui les a Comment cela ?B. Par la forme gĂ©nĂ©rale des arrachements. Quelque jour nous nous amuserons de cette recherche, si cela vous convient. Pour cemoment, voyez-vous cette Ăźle quâon appelle des Lanciers ? Ă lâinspection du lieu quâelle occupe sur le globe, il nâest personne qui nese demande qui est-ce qui a placĂ© lĂ des hommes ? quelle communication les liait autrefois avec le reste de leur espĂšce ? quedeviennent-ils en se multipliant sur un espace qui nâa pas plus dâune lieue de diamĂštre ?A. Ils sâexterminent et se mangent ; et de lĂ peut-ĂȘtre une premiĂšre Ă©poque trĂšs-ancienne et trĂšs-naturelle de lâanthropophagie,insulaire dâ Ou la multiplication y est limitĂ©e par quelque loi superstitieuse ; lâenfant y est Ă©crasĂ© dans le sein de sa mĂšre foulĂ©e sous les piedsdâune Ou lâhomme Ă©gorgĂ© expire sous le couteau dâun prĂȘtre ; ou lâon a recours Ă la castration des mĂąlesâŠB. Ă lâinfibulation des femelles ; et de lĂ tant dâusages dâune cruautĂ© nĂ©cessaire et bizarre, dont la cause sâest perdue dans la nuit destemps, et met les philosophes Ă la torture. Une observation assez constante, câest que les institutions surnaturelles et divines sefortifient et sâĂ©ternisent, en se transformant, Ă la longue, en lois civiles et nationales ; et que les institutions civiles et nationales seconsacrent, et dĂ©gĂ©nĂšrent en prĂ©ceptes surnaturels et Câest une des palingĂ©nĂ©sies les plus Un brin de plus quâon ajoute au lien dont on nous NâĂ©tait-il pas au Paraguay au moment mĂȘme de lâexpulsion des jĂ©suites ?B. Quâen dit-il ?B. Moins quâil nâen pourrait dire ; mais assez pour nous apprendre que ces cruels Spartiates en jaquette noire en usaient avec leursesclaves Indiens, comme les LacĂ©dĂ©moniens avec les Ilotes ; les avaient condamnĂ©s Ă un travail assidu ; sâabreuvaient de leur sueur,ne leur avaient laissĂ© aucun droit de propriĂ©tĂ© ; les tenaient sous lâabrutissement de la superstition ; en exigeaient une vĂ©nĂ©rationprofonde ; marchaient au milieu dâeux, un fouet Ă la main, et en frappaient indistinctement tout Ăąge et tout sexe. Un siĂšcle de plus, etleur expulsion devenait impossible, ou le motif dâune longue guerre entre ces moines et le souverain, dont ils avaient peu Ă peusecouĂ© lâautoritĂ©. A. Et ces Patagons, dont le docteur Maty et lâacadĂ©micien La Condamine ont fait tant de bruit ?B. Ce sont de bonnes gens qui viennent Ă vous, et qui vous embrassent en criant Chaoua ; forts, vigoureux,toutefois nâexcĂ©dant guĂšrela hauteur de cinq pieds cinq Ă six pouces ; nâayant dâĂ©norme que leur corpulence, la grosseur de leur tĂȘte et lâĂ©paisseur de avec le goĂ»t du merveilleux, qui exagĂšre tout autour de lui, comment lâhomme laisserait-il une juste proportion aux objets, lorsquâila, pour ainsi dire, Ă justifier le chemin quâil a fait, et la peine quâil sâest donnĂ©e pour les aller voir au loin ?A. Et du sauvage, quâen pense-t-il ?B. Câest, Ă ce quâil paraĂźt, de la dĂ©fense journaliĂšre contre les bĂȘtes, quâil tient le caractĂšre cruel quâon lui remarque quelquefois. Il estinnocent et doux, partout oĂč rien ne trouble son repos et sa sĂ©curitĂ©. Toute guerre naĂźt dâune prĂ©tention commune Ă la mĂȘmepropriĂ©tĂ©. Lâhomme civilisĂ© a une prĂ©tention commune, avec lâhomme civilisĂ©, Ă la possession dâun champ dont ils occupent les deuxextrĂ©mitĂ©s ; et ce champ devient un sujet de dispute entre Et le tigre a une prĂ©tention commune, avec lâhomme sauvage, Ă la possession dâune forĂȘt ; et câest la premiĂšre des prĂ©tentions, etla cause de la plus ancienne des guerres⊠Avez-vous vu le TaĂŻtien que Bougainville avait pris sur son bord, et transportĂ© dans cepays-ci ?B. Je lâai vu ; il sâappelait Aotourou. Ă la premiĂšre terre quâil aperçut, il la prit pour la patrie des voyageurs ; soit quâon lui en eĂ»timposĂ© sur la longueur du voyage ; soit que, trompĂ© naturellement par le peu de distance apparente des bords de la mer quâil habitait,Ă lâendroit oĂč le ciel semble confiner Ă lâhorizon, il ignorĂąt la vĂ©ritable Ă©tendue de la terre. Lâusage commun des femmes Ă©tait si bienĂ©tabli dans son esprit, quâil se jeta sur la premiĂšre EuropĂ©enne qui vint Ă sa rencontre, et quâil se disposait trĂšs-sĂ©rieusement Ă luifaire la politesse de TaĂŻti. Il sâennuyait parmi nous. Lâalphabet taĂŻtien nâayant ni b, ni c, ni d, ni f, ni g, ni q, ni x, ni y, ni z, il ne put jamaisapprendre Ă parler notre langue, qui offrait Ă ses organes inflexibles trop dâarticulations Ă©trangĂšres et de sons nouveaux. Il ne cessaitde soupirer aprĂšs son pays, et je nâen suis pas Ă©tonnĂ©. Le voyage de Bougainville est le seul qui mâait donnĂ© du goĂ»t pour une autrecontrĂ©e que la mienne ; jusquâĂ cette lecture, jâavais pensĂ© quâon nâĂ©tait nulle part aussi bien que chez soi ; rĂ©sultat que je croyais lemĂȘme pour chaque habitant de la terre ; effet naturel de lâattrait du sol ; attrait qui tient aux commoditĂ©s dont on jouit, et quâon nâa pas la mĂȘme certitude de retrouver Quoi ! vous ne trouvez pas lâhabitant de Paris aussi convaincu quâil croisse des Ă©pis dans la campagne de Rome que dans leschamps de la Beauce ?B. Ma foi, non. Bougainville a renvoyĂ© Aotourou, aprĂšs avoir pourvu aux frais et Ă la sĂ»retĂ© de son ĂŽ Aotourou ! que tu seras content de revoir ton pĂšre, ta mĂšre, tes frĂšres, tes sĆurs, tes maĂźtresses, tes compatriotes, que leurdiras-tu de nous ?B. Peu de choses, et quâils ne croiront Pourquoi peu de choses ?B. Parce quâil en a peu conçues, et quâil ne trouvera dans sa langue aucun terme correspondant Ă celles dont il a quelques Et pourquoi ne le croiront-ils pas ?B. Parce quâen comparant leurs mĆurs aux nĂŽtres, ils aimeront mieux prendre Aotourou pour un menteur, que de nous croire si En vĂ©ritĂ© ?B. Je nâen doute pas la vie sauvage est si simple, et nos sociĂ©tĂ©s sont des machines si compliquĂ©es ! Le TaĂŻtien touche Ă lâoriginedu monde, et lâEuropĂ©en touche Ă sa vieillesse. Lâintervalle qui le sĂ©pare de nous est plus grand que la distance de lâenfant qui naĂźt Ă lâhomme dĂ©crĂ©pit. Il nâentend rien Ă nos usages, Ă nos lois, ou il nây voit que des entraves dĂ©guisĂ©es sous cent formes diverses ;entraves qui ne peuvent quâexciter lâindignation et le mĂ©pris dâun ĂȘtre en qui le sentiment de la libertĂ© est le plus profond Est-ce que vous donneriez dans la fable de TaĂŻti ?B. Ce nâest point une fable ; et vous nâauriez aucun doute sur la sincĂ©ritĂ© de Bougainville, si vous connaissiez le supplĂ©ment de Et oĂč trouve-t-on ce supplĂ©ment ?B. LĂ , sur cette table. A. Est-ce que vous ne me le confierez pas ?B. Non ; mais nous pourrons le parcourir ensemble, si vous AssurĂ©ment, je le veux. VoilĂ le brouillard qui retombe, et lâazur du ciel qui commence Ă paraĂźtre. Il semble que mon lot soit dâavoirtort avec vous jusque dans les moindres choses ; il faut que je sois bien bon pour vous pardonner une supĂ©rioritĂ© aussi continue !B. Tenez, tenez, lisez passez ce prĂ©ambule qui ne signifie rien, et allez droit aux adieux que lit un des chefs de lâĂźle Ă nos vous donnera quelque notion de lâĂ©loquence de ces Comment Bougainville a-t-il compris ces adieux prononcĂ©s dans un langue quâil ignorait ?B. Vous le saurez. Câest un vieillard qui parle..IILES ADIEUX DU Ă©tait pĂšre dâune famille nombreuse. Ă lâarrivĂ©e des EuropĂ©ens, il laissa tomber des regards de dĂ©dain sur eux, sans marquer niĂ©tonnement, ni frayeur, ni curiositĂ© [1]. Ils lâabordĂšrent ; il leur tourna le dos, se retira dans sa cabane. Son silence et son souci nedĂ©celaient que trop sa pensĂ©e il gĂ©missait en lui-mĂȘme sur les beaux jours de son pays Ă©clipsĂ©s. Au dĂ©part de Bougainville, lorsqueles habitants accouraient en foule sur le rivage, sâattachaient Ă ses vĂȘtements, serraient ses camarades entre leurs bras, etpleuraient, ce vieillard sâavança dâun air sĂ©vĂšre, et dit Pleurez, malheureux TaĂŻtiens ! pleurez ; mais que ce soit de lâarrivĂ©e, et non du dĂ©part de ces hommes ambitieux et mĂ©chants unjour, vous les connaĂźtrez mieux. Un jour, ils reviendront, le morceau de bois que vous voyez attachĂ© Ă la ceinture de celui-ci, dans unemain, et le fer qui pend au cĂŽtĂ© de celui-lĂ , dans lâautre, vous enchaĂźner, vous Ă©gorger, ou vous assujettir Ă leurs extravagances et Ă leurs vices ; un jour vous servirez sous eux, aussi corrompus, aussi vils, aussi malheureux quâeux. Mais je me console ; je touche Ă lafin de ma carriĂšre ; et la calamitĂ© que je vous annonce, je ne la verrai point. TaĂŻtiens ! mes amis ! vous auriez un moyen dâĂ©chapper Ă un funeste avenir ; mais jâaimerais mieux mourir que de vous en donner le conseil. Quâils sâĂ©loignent, et quâils vivent. »Puis sâadressant Ă Bougainville, il ajouta Et toi, chef des brigands qui tâobĂ©issent, Ă©carte promptement ton vaisseau de notre rive nous sommes innocents, nous sommes heureux ; et tu ne peux que nuire Ă notre bonheur. Nous suivons le pur instinct de la nature ; ettu as tentĂ© dâeffacer de nos Ăąmes son caractĂšre. Ici tout est Ă tous ; et tu nous as prĂȘchĂ© je ne sais quelle distinction du tien et dumien. Nos filles et nos femmes nous sont communes ; tu as partagĂ© ce privilĂšge avec nous ; et tu es venu allumer en elles des fureursinconnues. Elles sont devenues folles dans tes bras ; tu es devenu fĂ©roce entre les leurs. Elles ont commencĂ© Ă se haĂŻr ; vous vousĂȘtes Ă©gorgĂ©s pour elles ; et elles nous sont revenues teintes de votre sang. Nous sommes libres ; et voilĂ que tu as enfoui dans notreterre le titre de notre futur esclavage. Tu nâes ni un dieu, ni un dĂ©mon qui es-tu donc, pour faire des esclaves ? Orou ! toi qui entendsla langue de ces hommes-LĂ , dis-nous Ă tous, comme tu me lâas dit Ă moi, ce quâils ont Ă©crit sur cette lame de mĂ©tal Ce pays est Ă nous. Ce pays est Ă toi ! et pourquoi ? parce que tu y as mis le pied ? Si un TaĂŻtien dĂ©barquait un jour sur vos cĂŽtes, et quâil gravĂąt surune de vos pierres ou sur lâĂ©corce dâun de vos arbres Ce pays appartient aux habitants de TaĂŻti, quâen penserais-tu ? Tu es le plusfort ! Et quâest-ce que cela fait ? Lorsquâon tâa enlevĂ© une des mĂ©prisables bagatelles dont ton bĂątiment est rempli, tu tâes rĂ©criĂ©, tutâes vengĂ© ; et dans le mĂȘme instant tu as projetĂ© au fond de ton cĆur le vol de toute une contrĂ©e ! Tu nâes pas esclave tu souffriraisla mort plutĂŽt que de lâĂȘtre, et tu veux nous asservir ! Tu crois donc que le TaĂŻtien ne sait pas dĂ©fendre sa libertĂ© et mourir ? Celui donttu veux tâemparer comme de la brute, le TaĂŻtien est ton frĂšre. Vous ĂȘtes deux enfants de la nature ; quel droit as-tu sur lui quâil nâait passur toi ? Tu es venu ; nous sommes-nous jetĂ©s sur ta personne ? avons-nous pillĂ© ton vaisseau ? tâavons-nous saisi et exposĂ© auxflĂšches de nos ennemis ? tâavons-nous associĂ© dans nos champs au travail de nos animaux ? Nous avons respectĂ© notre image entoi. Laisse-nous nos mĆurs, elles sont plus sages et plus honnĂȘtes que les tiennes. Nous ne voulons point troquer ce que tu appellesnotre ignorance contre tes inutiles lumiĂšres. Tout ce qui nous est nĂ©cessaire et bon, nous le possĂ©dons. Sommes-nous dignes demĂ©pris parce que nous nâavons pas su nous faire des besoins superflus ? Lorsque nous avons faim, nous avons de quoi manger ;lorsque nous avons froid, nous avons de quoi nous vĂȘtir. Tu es entrĂ© dans nos cabanes, quây manque-t-il, Ă ton avis ? PoursuisjusquâoĂč tu voudras ce que tu appelles commoditĂ©s de la vie ; mais permets Ă des ĂȘtres sensĂ©s de sâarrĂȘter, lorsquâils nâauraient Ă obtenir, de la continuitĂ© de leurs pĂ©nibles efforts, que des biens imaginaires. Si tu nous persuades de franchir lâĂ©troite limite dubesoin, quand finirons-nous de travailler ? Quand jouirons-nous ? Nous avons rendu la somme de nos fatigues annuelles etjournaliĂšres, la moindre quâil Ă©tait possible, parce que rien ne nous paraĂźt prĂ©fĂ©rable au repos. Va dans ta contrĂ©e tâagiter, tetourmenter tant que tu voudras ; laisse-nous reposer ne nous entĂȘte ni de tes besoins factices, ni de tes vertus ces hommes ; vois comme ils sont droits, sains et robustes Regarde ces femmes ; vois comme elles sont droites, saines,fraĂźches et belles. Prends cet arc, câest le mien ; appelle Ă ton aide un, deux, trois, quatre de tes camarades, et tĂąchez de le tendre. Jele tends moi seul ; je laboure la terre ; je grimpe la montagne ; je perce la forĂȘt ; je parcours une lieue de la plaine en moins dâuneheure. Tes jeunes compagnons ont eu peine Ă me suivre, et jâai quatre-vingt-dix ans passĂ©s. Malheur Ă cette Ăźle ! malheur aux TaĂŻtiensprĂ©sents, et Ă tous les TaĂŻtiens Ă venir, du jour oĂč tu nous as visitĂ©s ! Nous ne connaissions quâune maladie, celle Ă laquelle lâhomme,lâanimal et la plante ont Ă©tĂ© condamnĂ©s, la vieillesse, et tu nous en as apportĂ© une autre ; tu as infectĂ© notre sang. Il nous faudra peut-ĂȘtre exterminer de nos propres mains nos filles, nos femmes, nos enfants ; ceux qui ont approchĂ© tes femmes ; celles qui ontapprochĂ© tes hommes. Nos champs seront trempĂ©s du sang impur qui a passĂ© de tes veines dans les nĂŽtres ; ou nos enfants,condamnĂ©s Ă nourrir et Ă perpĂ©tuer le mal que tu as donnĂ© aux pĂšres et aux mĂšres et quâils transmettront Ă jamais Ă leursdescendants. Malheureux ! tu seras coupable, ou des ravages qui suivront les funestes caresses des tiens, ou des meurtres que nouscommettrons pour en arrĂȘter le poison. Tu parles de crimes ! as-tu lâidĂ©e dâun plus grand crime que le tien ? Quel est chez toi lechĂątiment de celui qui tue son voisin ? la mort par le fer quel est chez toi le chĂątiment du lĂąche qui lâempoisonne ? la mort par le feu compare ton forfait Ă ce dernier ; et dis-nous, empoisonneur de nations, le supplice que tu mĂ©rites ? Il nây a quâun moment, la jeuneTaĂŻtienne sâabandonnait aux transports, aux embrassements du jeune TaĂŻtien ; attendait avec impatience que sa mĂšre autorisĂ©e parlâĂąge nubile relevĂąt son voile, et mĂźt sa gorge Ă nu. Elle Ă©tait fiĂšre dâexciter les dĂ©sirs, et dâarrĂȘter les regards amoureux de lâinconnu,de ses parents, de son frĂšre ; elle acceptait sans frayeur et sans honte, en notre prĂ©sence, au milieu dâun cercle dâinnocents TaĂŻtiens,au son des flĂ»tes, entre les danses, les caresses de celui que son jeune cĆur et la voix secrĂšte de ses sens lui dĂ©signaient. LâidĂ©e decrime et le pĂ©ril de la maladie sont entrĂ©s avec toi parmi nous. Nos jouissances, autrefois si douces, sont accompagnĂ©es de remordset dâeffroi. Cet homme noir, qui est prĂšs de toi, qui mâĂ©coute, a parlĂ© Ă nos garçons ; je ne sais ce quâil a dit Ă nos filles ; mais nosgarçons hĂ©sitent ; mais nos filles rougissent. Enfonce-toi, si tu veux, dans la forĂȘt obscure avec la compagne perverse de tes plaisirs ;mais accorde aux bons et simples TaĂŻtiens de se reproduire sans honte, Ă la face du ciel et au grand jour. Quel sentiment plushonnĂȘte et plus grand pourrais-tu mettre Ă la place de celui que nous leur avons inspirĂ©, et qui les anime ? Ils pensent que le momentdâenrichir la nation et la famille dâun nouveau citoyen est venu, et ils sâen glorifient. Ils mangent pour vivre et pour croĂźtre ils croissentpour multiplier, et ils nây trouvent ni vice, ni honte. Ăcoute la suite de tes forfaits. Ă peine tâes-tu montrĂ© parmi eux, quâils sont devenusvoleurs. Ă peine es-tu descendu dans notre terre, quâelle a fumĂ© de sang. Ce TaĂŻtien qui courut Ă ta rencontre, qui tâaccueillit, qui tereçut en criant TaĂŻo ! ami, ami ; vous lâavez tuĂ©. Et pourquoi lâavez-vous tuĂ© ? parce quâil avait Ă©tĂ© sĂ©duit par lâĂ©clat de tes petits Ćufsde serpents [2]. Il te donnait ses fruits ; il tâoffrait sa femme et sa fille ; il te cĂ©dait sa cabane et tu lâas tuĂ© pour une poignĂ©e de cesgrains, quâil avait pris sans te le demander [3]. Et ce peuple ? Au bruit de ton arme meurtriĂšre, la terreur sâest emparĂ©e de lui ; et ilsâest enfui dans la montagne. Mais crois quâil nâaurait pas tardĂ© dâen descendre ; crois quâen un instant, sans moi, nous pĂ©rissieztous. Eh ! pourquoi les ai-je apaisĂ©s ? pourquoi les ai-je contenus ? pourquoi les contiens-je encore dans ce moment ? Je lâignore ;car tu ne mĂ©rites aucun sentiment de pitiĂ© ; car tu as une Ăąme fĂ©roce qui ne lâĂ©prouva jamais. Tu tâes promenĂ©, toi et les liens, dansnotre Ăźle ; tu as Ă©tĂ© respectĂ© ; tu as joui de tout ; tu nâas trouvĂ© sur ton chemin ni barriĂšre, ni refus on tâinvitait ; tu tâasseyais ; on Ă©talaitdevant toi lâabondance du pays. As-tu voulu des jeunes filles ? exceptĂ© celles qui nâont pas encore le privilĂšge de montrer leur visageet leur gorge, les mĂšres tâont prĂ©sentĂ© les autres toutes nues ; te voilĂ possesseur de la tendre victime du devoir hospitalier ; on ajonchĂ©, pour elle et pour toi, la terre de feuilles et de fleurs ; les musiciens ont accordĂ© leurs instruments ; rien nâa troublĂ© la douceur, nigĂȘnĂ© la libertĂ© de tes caresses ni des siennes. On a chantĂ© lâhymne, lâhymne qui tâexhortait Ă ĂȘtre homme, qui exhortait notre enfant Ă ĂȘtre femme, et femme complaisante et voluptueuse. On a dansĂ© autour de votre couche ; et câest au sortir des bras de cette femme,aprĂšs avoir Ă©prouvĂ© sur son sein la plus douce ivresse, que tu as tuĂ© son frĂšre, son ami, son pĂšre, peut-ĂȘtre. Tu as fait pis encore ;regarde de ce cĂŽtĂ© ; vois cette enceinte hĂ©rissĂ©e de flĂšches [4]; ces armes qui nâavaient menacĂ© que nos ennemis, vois-les tournĂ©escontre nos propres enfants vois les malheureuses compagnes de nos plaisirs ; vois leur tristesse ; vois la douleur de leurs pĂšres ;vois le dĂ©sespoir de leurs mĂšres câest lĂ quâelles sont condamnĂ©es Ă pĂ©rir par nos mains, ou par le mal que tu leur as Ă moins que tes yeux cruels ne se plaisent Ă des spectacles de mort Ă©loigne-toi ; va, et puissent les mers coupables quitâont Ă©pargnĂ© dans ton voyage, sâabsoudre, et nous venger en tâengloutissant avant ton retour ! Et vous, TaĂŻtiens, rentrez dans voscabanes, rentrez tous ; et que ces indignes Ă©trangers nâentendent Ă leur dĂ©part que le flot qui mugit, et ne voient que lâĂ©cume dont safureur blanchit une rive dĂ©serte ! Ȉ peine eut-il achevĂ©, que la foule des habitants disparut un vaste silence rĂ©gna dans toute lâĂ©tendue de lâĂźle ; et lâon nâentendit que le sifflement aigu des vents et le bruit sourd des eaux sur toute la longueur de la cĂŽte on eĂ»t dit que lâair et la mer, sensibles Ă la voix duvieillard, se disposaient Ă lui Eh bien ! quâen pensez-vous ?A. Ce discours me paraĂźt vĂ©hĂ©ment ; mais Ă travers je ne sais quoi dâabrupt et de sauvage, il me semble y retrouver des idĂ©es et destournures Pensez donc que câest une traduction du taĂŻtien en espagnol, et de lâespagnol en français. Le vieillard sâĂ©tait rendu, la nuit, chez cetOrou quâil a interpellĂ©, et dans la case duquel lâusage de la langue espagnole sâĂ©tait conservĂ© de temps immĂ©morial [5]. Orou avaitĂ©crit en espagnol la harangue du vieillard et Bougainville en avait une copie Ă la main, tandis que le TaĂŻtien la Je ne vois que trop Ă prĂ©sent pourquoi Bougainville a supprimĂ© ce fragment ; mais ce nâest pas lĂ tout ; et ma curiositĂ© pour lereste nâest pas Ce qui suit, peut-ĂȘtre, vous intĂ©ressera Nâ Câest un entretien de lâaumĂŽnier de lâĂ©quipage avec un habitant de lâ Orou ?B. Lui-mĂȘme. Lorsque le vaisseau de Bougainville approcha de TaĂŻti, un nombre infini dâarbres creusĂ©s furent lancĂ©s sur les eaux ; enun instant son bĂątiment en fut environnĂ© ; de quelque cĂŽtĂ© quâil tournĂąt ses regards, il voyait des dĂ©monstrations de surprise et debienveillance. On lui jetait des provisions ; on lui tendait Les bras ; on sâattachait Ă des cordes ; on gravissait contre des planches onavait rempli sa chaloupe ; on criait vers le rivage, dâoĂč les cris Ă©taient rĂ©pondus ; les habitants de lâĂźle accouraient ; les voilĂ tous Ă terre on sâempare des hommes de lâĂ©quipage ; on se les partage ; chacun conduit le sien dans sa cabane les hommes les tenaientembrassĂ©s par le milieu du corps ; les femmes leur flattaient les joues de leurs mains. Placez-vous lĂ ; soyez tĂ©moin, par la pensĂ©e,de ce spectacle dâhospitalitĂ© ; et dites-moi comment vous trouvez lâespĂšce Mais jâoublierais peut-ĂȘtre de vous parler dâun Ă©vĂ©nement assez singulier. Cette scĂšne de bienveillance et dâhumanitĂ© fut troublĂ©etout Ă coup par les cris dâun homme qui appelait Ă son secours ; câĂ©tait le domestique dâun des officiers de Bougainville. De jeunesTaĂŻtiens sâĂ©taient jetĂ©s sur lui, lâavaient Ă©tendu par terre, le dĂ©shabillaient et se disposaient Ă lui faire la Quoi ! ces peuples si simples, ces sauvages si bons, si honnĂȘtes ?âŠB. Vous vous trompez ; ce domestique Ă©tait une femme dĂ©guisĂ©e en homme. IgnorĂ©e de lâĂ©quipage entier, pendant tout le tempsdâune longue traversĂ©e, les TaĂŻtiens devinĂšrent son sexe au premier coup dâĆil. Elle Ă©tait nĂ©e en Bourgogne ; elle sâappelait BarrĂ© ; nilaide, ni jolie, ĂągĂ©e de vingt-six ans. Elle nâĂ©tait jamais sortie de son hameau ; et sa premiĂšre pensĂ©e de voyager fut de faire le tourdu globe elle montra toujours de la sagesse et du Ces frĂȘles machines-lĂ renferment quelquefois des Ăąmes bien fortes..IIIENTRETIEN DE LâAUMĂNIER ET Dâ Dans la division que les TaĂŻtiens se firent de lâĂ©quipage de Bougainville, lâaumĂŽnier [6] devint le partage dâOrou. LâaumĂŽnier et leTaĂŻtien Ă©taient Ă peu prĂšs du mĂȘme Ăąge, trente-cinq Ă trente-six ans. Orou nâavait alors que sa femme et trois filles appelĂ©es Asto,Palli et Thia. Elles le dĂ©shabillĂšrent, lui lavĂšrent le visage, les mains et les pieds, et lui servirent un repas sain et frugal. Lorsquâil fut surle point de se coucher, Orou, qui sâĂ©tait absentĂ© avec sa famille, reparut, lui prĂ©senta sa femme et ses trois filles nues, et lui dit â Tu as soupe, tu es jeune, tu te portes bien ; si tu dors seul, tu dormiras mal ; lâhomme a besoin la nuit dâune compagne Ă son ma femme, voilĂ mes filles choisis celle qui te convient ; mais si tu veux mâobliger, tu donneras la prĂ©fĂ©rence Ă la plus jeune demes filles qui nâa point encore eu dâ mĂšre ajouta â HĂ©las! je nâai point Ă mâen plaindre ; la pauvre Thia ! ce nâest pas sa rĂ©pondit Que sa religion, son Ă©tat, les bonnes mĆurs et lâhonnĂȘtetĂ© ne lui permettaient pas dâaccepter ces rĂ©pliqua â Je ne sais ce que câest que la chose que tu appelles religion ; mais je ne puis quâen penser mal, puisquâelle tâempĂȘche de goĂ»terun plaisir innocent, auquel nature, la souveraine maĂźtresse, nous invite tous ; de donner lâexistence Ă un de tes semblables ; de rendre un plaisir innocent, auquel nature, la souveraine maĂźtresse, nous invite tous ; de donner lâexistence Ă un de tes semblables ; de rendreun service que le pĂšre, la mĂšre et les enfants te demandent ; de tâacquitter avec un hĂŽte qui tâa fait un bon accueil, et dâenrichir unenation, en lâaccroissant dâun sujet de plus. Je ne sais ce que câest que la chose que tu appelles Ă©tat ; mais ton premier devoir estdâĂȘtre homme et dâĂȘtre reconnaissant. Je ne te propose point de porter dans ton pays les mĆurs dâOrou ; mais Orou, ton hĂŽte et tonami, te supplie de te prĂȘter aux mĆurs de TaĂŻti. Les mĆurs de TaĂŻti sont-elles meilleures ou plus mauvaises que les vĂŽtres ? câestune question facile Ă dĂ©cider. La terre oĂč tu es nĂ© a-t-elle plus dâhommes quâelle nâen peut nourrir ? en ce cas tes mĆurs ne sont nipires, ni meilleures que les nĂŽtres. En peut-elle nourrir plus quâelle nâen a ? nos mĆurs sont meilleures que les tiennes. Quant Ă lâhonnĂȘtetĂ© que tu mâobjectes, je te comprends ; jâavoue que jâai tort ; et je tâen demande pardon. Je nâexige pas que tu nuises Ă tasantĂ© ; si tu es fatiguĂ©, il faut que tu te reposes ; mais jâespĂšre que tu ne continueras pas Ă nous contrister. Vois le souci que tu asrĂ©pandu sur tous ces visages elles craignent que tu nâaies remarquĂ© en elles quelques dĂ©fauts qui leur attirent ton dĂ©dain. Maisquand cela serait, le plaisir dâhonorer une de mes filles, entre ses compagnes et ses sĆurs, et de faire une bonne action, ne tesuffirait-il pas ? Sois gĂ©nĂ©reux !lâ nâest pas cela elles sont toutes quatre Ă©galement belles ; mais ma religion ! mais mon Ă©tat !.uoroElles mâappartiennent, et je te les offre elles sont Ă elles, et elles se donnent Ă toi. Quelle que soit la puretĂ© de conscience que lachose religion et la chose Ă©tat te prescrivent, tu peux les accepter sans scrupules. Je nâabuse point de mon autoritĂ© ; et sois sĂ»r queje connais et que je respecte les droits des le vĂ©ridique aumĂŽnier convient que jamais la Providence ne lâavait exposĂ© Ă une aussi pressante tentation. Il Ă©tait jeune ; ilsâagitait, il se tourmentait ; il dĂ©tournait ses regards des aimables suppliantes ; il les ramenait sur elles ; il levait ses mains et ses yeuxau ciel. â Thia, la plus jeune, embrassait ses genoux et lui disait Ătranger, nâafflige pas mon pĂšre, nâafflige pas ma mĂšre, nemâafflige pas ! Honore-moi dans la cabane et parmi les miens ; Ă©lĂšve-moi au rang de mes sĆurs qui se moquent de moi. Asto lâaĂźnĂ©ea dĂ©jĂ trois enfants ; Palli, la seconde, en a deux, et Thia nâen a point ! Ătranger, honnĂȘte Ă©tranger, ne me rebute pas ! rends-moimĂšre ; fais-moi un enfant que je puisse un jour promener par la main, Ă cĂŽtĂ© de moi, dans TaĂŻti ; quâon voie dans neuf mois attachĂ© Ă mon sein ; dont je sois fiĂšre, et qui fasse une partie de ma dot, lorsque je passerai de la cabane de mon pĂšre dans une autre. Jeserai peut-ĂȘtre plus chanceuse avec toi quâavec nos jeunes TaĂŻtiens. Si tu mâaccordes cette faveur, je ne tâoublierai plus ; je te bĂ©niraitoute ma vie ; jâĂ©crirai ton nom sur mon bras et sur celui de ton fils ; nous le prononcerons sans cesse avec joie ; et, lorsque tuquitteras ce rivage, mes souhaits tâaccompagneront sur les mers jusquâĂ ce que tu sois arrivĂ© dans ton naĂŻf aumĂŽnier dit quâelle lui serrait les mains, quâelle attachait sur ses yeux des regards si expressifs et si touchants ; quâellepleurait ; que son pĂšre, sa mĂšre et ses sĆurs sâĂ©loignĂšrent ; quâil resta seul avec elle, et quâen disant Mais ma religion, mais monĂ©tat, il se trouva le lendemain couchĂ© Ă cĂŽtĂ© de cette jeune fille, qui lâaccablait de caresses, et qui invitait son pĂšre, sa mĂšre et sessĆurs, lorsquâils sâapprochĂšrent de leur lit le matin, Ă joindre leur reconnaissance Ă la et Palli, qui sâĂ©taient Ă©loignĂ©es, rentrĂšrent avec les mets du pays, des boissons et des fruits elles embrassaient leur sĆur etfaisaient des vĆux sur elle. Ils dĂ©jeunĂšrent tous ensemble ; ensuite Orou, demeurĂ© seul avec lâaumĂŽnier, lui dit â Je vois que ma fille est contente de toi ; et je te remercie. Mais pourrais-tu mâapprendre ce que câest que le mot religion, que tu asrĂ©pĂ©tĂ© tant de fois, et avec tant de douleur ?LâaumĂŽnier, aprĂšs avoir rĂȘvĂ© un moment, rĂ©pondit â Qui est-ce qui a fait ta cabane et les ustensiles qui la meublent ?.uoroCâest bien ! nous croyons que ce monde et ce quâil renferme est lâouvrage dâun a donc des pieds, des mains, une tĂȘte ?.noNOĂč fait-il sa demeure ? mĂȘme !lâ lâaumĂŽnier..uorolâaumĂŽnier..icINous ne lâavons jamais ne le voit pas..uoroVoilĂ un pĂšre bien indiffĂ©rent ! Il doit ĂȘtre vieux ; car il a au moins lâĂąge de son ouvrage. lâ ne vieillit point il a parlĂ© Ă nos ancĂȘtres il leur a donnĂ© des lois ; il leur a prescrit la maniĂšre dont il voulait ĂȘtre honorĂ© ; il leur aordonnĂ© certaines actions, comme bonnes ; il leur en a dĂ©fendu dâautres, comme mauvaises..uoroJâentends ; et une de ces actions quâil leur a dĂ©fendues comme mauvaises, câest de coucher avec une femme et une fille ? Pourquoidonc a-t-il fait deux sexes ?lâ sâunir ; mais Ă certaines conditions requises, aprĂšs certaines cĂ©rĂ©monies prĂ©alables, en consĂ©quence desquelles un hommeappartient Ă une femme, et nâappartient quâĂ elle ; une femme appartient Ă un homme, et nâappartient quâĂ lui..uoroPour toute leur vie ?Pour toute leur vie..uoroEn sorte que, sâil arrivait Ă une femme de coucher avec un autre que son mari, ou Ă un mari de coucher avec une autre que safemme⊠mais cela nâarrive point, car, puisquâil est lĂ , et que cela lui dĂ©plaĂźt, il sait les en ; il les laisse faire, et ils pĂšchent contre la loi de Dieu car câest ainsi que nous appelons le grand ouvrier, contre la loi du pays ; etils commettent un serais fĂąchĂ© de tâoffenser par mes discours ; mais si tu le permettais, je te dirais mon prĂ©ceptes singuliers, je les trouve opposĂ©s Ă la nature, et contraires Ă la raison ; faits pour multiplier les crimes, et fĂącher Ă toutmoment le vieil ouvrier, qui a tout fait sans mains, sans tĂȘte et sans outils ; qui est partout, et quâon ne voit nulle part ; qui dureaujourdâhui et demain, et qui nâa pas un jour de plus ; qui commande et qui nâest pas obĂ©i ; qui peut empĂȘcher, et qui nâempĂȘche Ă la nature, parce quâils supposent quâun ĂȘtre pensant, sentant et libre, peut ĂȘtre la propriĂ©tĂ© dâun ĂȘtre semblable Ă lui. Surquoi ce droit serait-il fondĂ© ? Ne vois-tu pas quâon a confondu, dans ton pays, la chose qui nâa ni sensibilitĂ©, ni pensĂ©e, ni dĂ©sir, nivolontĂ© ; quâon quitte, quâon prend, quâon garde, quâon Ă©change sans quâelle souffre et sans quâelle se plaigne, avec la chose qui nesâĂ©change point, ne sâacquiert point ; qui a libertĂ©, volontĂ©, dĂ©sir ; qui peut se donner ou se refuser pour un moment ; se donner ou serefuser pour toujours ; qui se plaint et qui souffre ; et qui ne saurait devenir un effet de commerce, sans quâon oublie son caractĂšre, etquâon fasse violence Ă la nature ? Contraires Ă la loi gĂ©nĂ©rale des ĂȘtres. Rien, en effet, te paraĂźt-il plus insensĂ© quâun prĂ©cepte quiproscrit le changement qui est en nous ; qui commande une constance qui nây peut ĂȘtre, et qui viole la libertĂ© du mĂąle et de la femelle,en les enchaĂźnant pour jamais lâun Ă lâautre ; quâune fidĂ©litĂ© qui borne la plus capricieuse des jouissances Ă un mĂȘme individu ; quâunserment dâimmutabilitĂ© de deux ĂȘtres de chair, Ă la face dâun ciel qui nâest pas un instant le mĂȘme, sous des antres qui menacentruine ; au bas dâune roche qui tombe en poudre ; au pied dâun arbre qui se gerce ; sur une pierre qui sâĂ©branle ? Crois-moi, vous avezrendu la condition de lâhomme pire que celle de lâanimal. Je ne sais ce que câest que ton grand ouvrier mais je me rĂ©jouis quâil nâaitpoint parlĂ© Ă nos pĂšres, et je souhaite quâil ne parle point Ă nos enfants ; car il pourrait par hasard leur dire les mĂȘmes sottises, et ilsferaient peut-ĂȘtre celle de le croire. Hier, en soupant, tu nous as entretenus de magistrats et de prĂȘtres ; je ne sais quels sont ces personnages que tu appelles magistrats et prĂȘtres, dont lâautoritĂ© rĂšgle votre conduite ; mais, dis-moi, sont-ils maĂźtres du bien et dumal ? Peuvent-ils faire que ce qui est juste soit injuste, et que ce qui est injuste soit juste ? dĂ©pend-il dâeux dâattacher le bien Ă desactions nuisibles, et le mal Ă des actions innocentes ou utiles ? Tu ne saurais le penser, car, Ă ce compte, il nây aurait ni vrai ni faux, nibon ni mauvais, ni beau ni laid ; du moins, que ce quâil plairait Ă ton grand ouvrier, Ă les magistrats, Ă tes prĂȘtres, de prononcer tel ; et,dâun moment Ă , lâautre, tu serais obligĂ© de changer dâidĂ©es et de conduite. Un jour lâon te dirait, de la part de lâun de tes trois maĂźtres tue, et tu serais obligĂ©, en conscience, de tuer ; un autre jour vole ; et tu serais tenu de voler ; ou ne mange pas de ce fruit ; et tunâoserais en manger ; je te dĂ©fends ce lĂ©gume ou cet animal ; et tu te garderais dây toucher. Il nây a point de bontĂ© quâon ne pĂ»ttâinterdire ; point de mĂ©chancetĂ© quâon ne pĂ»t tâordonner. Et oĂč en serais-tu rĂ©duit, si tes trois maĂźtres, peu dâaccord entre eux,sâavisaient de te permettre, de tâenjoindre et de te dĂ©fendre la mĂȘme chose, comme je pense quâil arrive souvent ? Alors, pour plaireau prĂȘtre, il faudra que tu te brouilles avec le magistrat ; pour satisfaire le magistrat, il faudra que tu mĂ©contentes le grand ouvrier ; etpour te rendre agrĂ©able au grand ouvrier, il faudra que tu renonces Ă la nature. Et sais-tu ce qui en arrivera? câest que tu lesmĂ©priseras tous trois, et que tu ne seras ni homme, ni citoyen, ni pieux ; que tu ne seras rien ; que tu seras mal avec toutes les sortesdâautoritĂ©s ; mal avec toi-mĂȘme ; mĂ©chant, tourmentĂ© par ton cĆur ; persĂ©cutĂ© par tes maĂźtres insensĂ©s ; et malheureux, comme je tevis hier au soir, lorsque je te prĂ©sentai mes filles et ma femme, et que tu tâĂ©criais Mais ma religion ! mais mon Ă©tat ! Veux-tu savoir,en tous temps et en tous lieux, ce qui est bon et mauvais ? Attache-toi Ă la nature des choses et des actions ; Ă tes rapports avec tonsemblable ; Ă lâinfluence de ta conduite sur ton utilitĂ© particuliĂšre et le bien gĂ©nĂ©ral. Tu es en dĂ©lire, si tu crois quâil y ait rien, soit enhaut, soit en bas, dans lâunivers, qui puisse ajouter ou retrancher aux lois de la nature. Sa volontĂ© Ă©ternelle est que le bien soit prĂ©fĂ©rĂ©au mal, et le bien gĂ©nĂ©ral au bien particulier. Tu ordonneras le contraire ; mais tu ne seras pas obĂ©i. Tu multiplieras les malfaiteurs etles malheureux par la crainte, par les chĂątiments et par les remords tu dĂ©praveras les consciences ; tu corrompras les esprits ; ils nesauront plus ce quâils ont Ă faire ou Ă Ă©viter. TroublĂ©s dans lâĂ©tat dâinnocence, tranquilles dans le forfait, ils auront perdu lâĂ©toile polairedans leur chemin. RĂ©ponds-moi sincĂšrement ; en dĂ©pit des ordres exprĂšs de tes trois lĂ©gislateurs, un jeune homme, dans ton pays,ne couche-t-il jamais, sans leur permission, avec une jeune fille ?lâ mentirais si je te lâassurais. .uoroLa femme, qui a jurĂ© de nâappartenir quâĂ son mari, ne se donne-t-elle point Ă un autre ?lâ de plus commun..uoroTes lĂ©gislateurs sĂ©vissent ou ne sĂ©vissent pas sâils sĂ©vissent, ce sont des bĂȘtes fĂ©roces qui battent la nature ; sâils ne sĂ©vissent pas,ce sont des imbĂ©ciles qui ont exposĂ© au mĂ©pris leur autoritĂ© par une dĂ©fense coupables, qui Ă©chappent Ă la sĂ©vĂ©ritĂ© des lois, sont chĂątiĂ©s par le blĂąme gĂ©nĂ©ral..uoroCâest-Ă -dire que la justice sâexerce par le dĂ©faut de sens commun de toute la nation ; et que câest la folie de lâopinion qui supplĂ©e fille dĂ©shonorĂ©e ne trouve plus de ! et pourquoi ?La femme infidĂšle est plus ou moins ! et pourquoi ?Le jeune homme sâappelle un lĂąche lĂąche ! un sĂ©ducteur ! et pourquoi ?lâaumĂŽnier..uorolâaumĂŽnier..uorolâ lâaumĂŽnier..uorolâ pĂšre, la mĂšre et lâenfant sont dĂ©solĂ©s. LâĂ©poux volage est un libertin lâĂ©poux trahi partage la honte de sa femme..uoroQuel monstrueux tissu dâextravagances tu mâexposes lĂ ! et encore tu ne dis pas tout car aussitĂŽt quâon sâest permis de disposer Ă son grĂ© des idĂ©es de justice et de propriĂ©tĂ© ; dâĂŽter ou de donner un caractĂšre arbitraire aux choses ; dâunir aux actions ou dâensĂ©parer le bien et le mal, sans consulter que le caprice, on se blĂąme, on sâaccuse, on se suspecte, on se tyrannise, on est envieux, onest jaloux, on se trompe, on sâafflige, on se cache, on dissimule, on sâĂ©pie, on se surprend, on se querelle, on ment ; les filles enimposent Ă leurs parents ; les maris Ă leurs femmes ; les femmes Ă leurs maris ; des filles, oui, je nâen doute pas, des filles Ă©toufferontleurs enfants ; des pĂšres soupçonneux mĂ©priseront et nĂ©gligeront les leurs ; des mĂšres sâen sĂ©pareront et les abandonneront Ă lamerci du sort ; et le crime et la dĂ©bauche se montreront sous toutes sortes de formes. Je sais tout cela, comme si jâavais vĂ©cu parmivous. Cela est, parce que cela doit ĂȘtre ; et ta sociĂ©tĂ©, dont votre chef vous vante le bel ordre, ne sera quâun ramas dâhypocrites, quifoulent secrĂštement aux pieds les lois ; ou dâinfortunĂ©s, qui sont eux-mĂȘmes les instruments de leurs supplices, en sây soumettant ; oudâimbĂ©ciles, en qui le prĂ©jugĂ© a tout Ă fait Ă©touffĂ© la voix de la nature ; ou dâĂȘtres mal organisĂ©s, en qui la nature ne rĂ©clame pas ressemble. Mais vous ne vous mariez donc point ?Nous nous que votre mariage ?.uoroLe consentement dâhabiter une mĂȘme cabane, et de coucher dans le mĂȘme lit, tant que nous nous y trouverons lorsque vous vous y trouvez mal ?Nous nous deviennent vos enfants ?.uoroĂ Ă©tranger ! ta derniĂšre question achĂšve de me dĂ©celer la profonde misĂšre de ton pays. Sache, mon ami, quâici la naissance dâunenfant est toujours un bonheur, et sa mort un sujet de regrets et de larmes. Un enfant est un bien prĂ©cieux, parce quâil doit devenir unhomme ; aussi, en avons-nous un tout autre soin que de nos plantes et de nos animaux. Un enfant qui naĂźt, occasionne la joiedomestique et publique câest un accroissement de fortune pour la cabane, et de force pour la nation ce sont des bras et des mainsde plus dans TaĂŻti ; nous voyons en lui un agriculteur, un pĂȘcheur, un chasseur, un soldat, un Ă©poux, un pĂšre. En repassant de lacabane de son mari dans celle de ses parents, une femme emmĂšne avec elle les enfants quâelle avait apportĂ©s en dot on partageceux qui sont nĂ©s pendant la cohabitation commune ; et lâon compense, autant quâil est possible, les mĂąles par les femelles, en sortequâil reste Ă chacun Ă peu prĂšs un nombre Ă©gal de filles et de les enfants sont longtemps Ă charge avant que de rendre service..uoroNous destinons Ă leur entretien et Ă la subsistance des vieillards, une sixiĂšme partie de tous les fruits du pays ; ce tribut les suitpartout. Ainsi tu vois que plus la famille du TaĂŻtien est nombreuse, plus il est sixiĂšme partie !.uoroOui ; câest un moyen sĂ»r dâencourager la population, et dâintĂ©resser au respect de la vieillesse et Ă la conservation des Ă©poux se reprennent-ils quelquefois ?lâaumĂŽnier. .uoroTrĂšs-souvent ; cependant la durĂ©e la plus courte dâun mariage est dâune lune Ă lâ moins que la femme ne soit grosse ; alors la cohabitation est au moins de neuf mois ?.uoroTu te trompes ; la paternitĂ©, comme le tribut, suit lâenfant mâas parlĂ© dâenfants quâune femme apporte en dot Ă son mari. .uoroAssurĂ©ment. VoilĂ ma fille aĂźnĂ©e qui a trois enfants ; ils marchent ; ils sont sains ; ils sont beaux ; ils promettent dâĂȘtre forts lorsquâil luiprendra fantaisie de se marier, elle les emmĂšnera ; ils sont les siens son mari les recevra avec joie, et sa femme ne lui en serait queplus agrĂ©able, si elle Ă©tait enceinte dâun lui ?.uoroDe lui, ou dâun autre. Plus nos filles ont dâenfants, plus elles sont recherchĂ©es ; plus nos garçons sont vigoureux et forts, plus ils sontriches aussi, autant nous sommes attentifs Ă prĂ©server les unes des approches de lâhomme, les autres du commerce de la femme,avant lâĂąge de fĂ©conditĂ© ; autant nous les exhortons Ă produire, lorsque les garçons sont pubĂšres et les filles nubiles. Tu ne sauraiscroire lâimportance du service que tu auras rendu Ă ma fille Thia, si tu lui as fait un enfant. Sa mĂšre ne lui dira plus Ă chaque lune Mais, Thia, Ă quoi penses-tu donc ? Tu ne deviens point grosse ; tu as dix-neuf ans ; tu devrais avoir dĂ©jĂ deux enfants, et tu nâen aspoint. Quel est celui qui se chargera de toi ? Si tu perds ainsi tes jeunes ans, que feras-tu dans ta vieillesse ? Thia, il faut que tu aiesquelque dĂ©faut qui Ă©loigne de toi les hommes. Corrige-toi, mon enfant Ă ton Ăąge, jâavais Ă©tĂ© trois fois prĂ©cautions prenez-vous pour garder vos filles et vos garçons adolescents ?.uoroCâest lâobjet principal de lâĂ©ducation domestique et le point le plus important des mĆurs publiques. Nos garçons, jusquâĂ lâĂąge devingt-deux ans, deux ou trois ans au delĂ de la pubertĂ©, restent couverts dâune longue tunique, et les reins ceints dâune petite que dâĂȘtre nubiles, nos filles nâoseraient sortir sans un voile blanc. Ăter sa chaĂźne, lever son voile, sont des fautes qui secommettent rarement, parce que nous leur en apprenons de bonne heure les fĂącheuses consĂ©quences. Mais au moment oĂč le mĂąle apris toute sa force, oĂč les symptĂŽmes virils ont de la continuitĂ©, et oĂč lâeffusion frĂ©quente et la qualitĂ© de la liqueur sĂ©minale nousrassurent ; au moment oĂč la jeune fille se fane, sâennuie, est dâune maturitĂ© propre Ă concevoir des dĂ©sirs, Ă en inspirer et Ă lessatisfaire avec utilitĂ©, le pĂšre dĂ©tache la chaĂźne Ă son fils et lui coupe lâongle du doigt du milieu de la main droite. La mĂšre relĂšve levoile de sa fille. Lâun peut solliciter une femme, et en ĂȘtre sollicitĂ© ; lâautre, se promener publiquement le visage dĂ©couvert et la gorgenue, accepter ou refuser les caresses dâun homme. On indique seulement dâavance, au garçon les filles, Ă la fille les garçons, quâilsdoivent prĂ©fĂ©rer. Câest une grande fĂȘte que le jour de lâĂ©mancipation dâune fille ou dâun garçon. Si câest une fille, la veille, les jeunesgarçons se rassemblent autour de la cabane, et lâair retentit pendant toute la nuit du chant des voix et du son des instruments. Le jour,elle est conduite par son pĂšre et par sa mĂšre dans une enceinte oĂč lâon danse et oĂč lâon fait lâexercice du saut, de la lutte et de lacourse. On dĂ©ploie lâhomme nu devant elle, sous toutes les faces et dans toutes les attitudes. Si câest un garçon, ce sont les jeunesfilles qui font en sa prĂ©sence les frais et les honneurs de la fĂȘte et exposent Ă ses regards la femme nue, sans rĂ©serve et sans reste de la cĂ©rĂ©monie sâachĂšve sur un lit de feuilles, comme tu lâas vu Ă ta descente parmi nous. Ă la chute du jour, la fille rentredans la cabane de ses parents, ou passe dans la cabane de celui dont elle a fait choix, et y reste tant quâelle sây cette fĂȘte est ou nâest point un jour de mariage ?.uoroTu lâas ditâ A. Quâest-ce que je vois lĂ en marge ?B. Câest une note, oĂč le bon aumĂŽnier dit que les prĂ©ceptes des parents sur le choix des garçons et des filles Ă©taient pleins de bonsens et dâobservations trĂšs-fines et trĂšs-utiles ; mais quâil a supprimĂ© ce catĂ©chisme, qui aurait paru Ă des gens aussi corrompus etaussi superficiels que nous, dâune licence impardonnable ; ajoutant toutefois que ce nâĂ©tait pas sans regret quâil avait retranchĂ© desdĂ©tails oĂč lâon aurait vu, premiĂšrement, jusquâoĂč une nation, qui sâoccupe sans cesse dâun objet important, peut ĂȘtre conduite dansses recherches, sans les secours de la physique et de lâanatomie ; secondement, la diffĂ©rence des idĂ©es de la beautĂ© dans unecontrĂ©e oĂč lâon rapporte les formes au plaisir dâun moment, et chez un peuple oĂč elles sont apprĂ©ciĂ©es dâaprĂšs une utilitĂ© plus Vouspouvez acheter le livre SupplĂ©ment au voyage de Bougainville de Diderot (Fiche de lecture): Analyse ComplĂšte De L'oeuvre chez nos partenaires. 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Les personnages A et B A et B sont deux protagonistes créés par Diderot, dans le conte, se sont deux promeneurs qui reprĂ©sentent Diderot dans sa critique et dans ce dialogue constant quâil ne cesse de mener avec lui-mĂȘme. Le dialogue entre A et B commence lorsquâils attendent que le brouillard se lĂšve. B est en train de lire supplĂ©ment au voyage autour du monde de Bougainville. A nâaillant pas lu lâouvrage questionne B sur la personnalitĂ© de Bougainville, un homme curieux » qui passe dâune vie sĂ©dentaire et de plaisirs au mĂ©tier actif, pĂ©nible, usant et dissipĂ© du voyageur » sur son voyage, ce qui permet Ă B dâĂ©numĂ©rer les Ă©tapes de celui-ci. Ensuite A Ă©voque les difficultĂ©s du voyage les maladies, les dĂ©gĂąts matĂ©riels, les difficultĂ©s dâavoir des secours. Puis ils discourent sur des sujets plus philosophiques comme lâattitude colonisatrice et lâexpulsion des jĂ©suites, la remise en cause du gigantisme des patagons, la prĂ©sentation dâAotourou, le Tahitien qui accompagne Bougainville Ă Paris et remarque la diffĂ©rence de leurs habitudes de vie. Devant la curiositĂ© de A, B lâencourage Ă lire la suite du rĂ©cit. Le dialogue entre A et B reprend au chapitre V. A et B adhĂšrent les mĆurs tahitiennes et remettent en cause la civilisation qui soumet les hommes Ă la fois artificiellement et contradictoirement. Puis ils dialoguent sur conventions de la vie amoureuse », le mariage, la galanterie, la fidĂ©litĂ©, la pudeur. La conversation se poursuit sur lâincidence nĂ©gative des rĂšgles de la sociĂ©tĂ© europĂ©ennes, en refusant de suivre les lois de la nature, lâhomme nâest plus spontanĂ©, il devient sa propre source de malheurs. B rĂ©sume la misĂšre de la condition de lâhomme civilisĂ© en disant il existait un homme naturel ; on a introduit au-dedans de cet homme un homme artificiel et il sâest Ă©levĂ© dans la caverne une guerre continuelle qui dure toute la vie. TantĂŽt lâhomme naturel est plus fort ; tantĂŽt il est terrassĂ© par lâhomme moral artificiel ». SupplĂ©mentau Voyage de Bougainville [Denis Diderot] - Fiche de lecture. 1 PRĂSENTATION SupplĂ©ment au Voyage de Bougainville [Denis Diderot], dialogue philosophique de Denis Diderot, dont des copies ont circulĂ© dĂšs 1772, mais qui, pour des raisons de prudence, n'a Ă©tĂ© publiĂ© qu'en 1796 Ă titre posthume.
Fiche Oral SupplĂ©ment au Voyage de Bougainville Discours du Vieillard »Denis DiderotDiderot, philosophe du XVIIIe siĂšcle et le pĂšre fondateur de lâencyclopĂ©die, combat tout au long de sa vie des institutions politiques et sociales de son pays en favorisant la lumiĂšre de la rĂ©flexion Ă lâobscurantisme religieux. Câest ainsi en 1772 quâil publie le supplĂ©ment au voyage de Bougainville, une Ćuvre conçue comme un dialogue entre deux personnes cultivĂ©es. Diderot soulĂšve divers problĂšmes tels que le colonialisme au travers du mythe du bon sauvage. Lâextrait que nous allons Ă©tudierest tirĂ© du deuxiĂšme chapitre et met en scĂšne un Ă©quipage et ses compatriotes. Dans cet extrait, Diderot souligne lâopposition entre deux peuples, avec les qualitĂ©s tahitienne et les dĂ©fauts Les mĂ©faits de la civilisation EuropĂ©enne 1 Critique de la colonisation -Le vieux tahitien critique vivement la colonisation de Tahiti. Diderot dĂ©veloppe le champ lexical de la violence qui est celle des colonisateurs fureurs inconnues » folles » teintes de votre sang » et celui du pillage engorgĂ©s » chef des brigands » car les colons nâont obtenu ce pays que par la violence. Ainsi il sâagit dâun vol rĂ©gi par un rapport de force.âLâintrusion des dĂ©terminants et des articles possessif souligne le dĂ©sir de possession des colonisateurs ce pays est Ă nous » du tiens et du miens » Nos filles et nos femmes » Votre Sang » entre esclavage » et libertĂ© » est mise en Ă©vidence Ă travers des parallĂ©lisme Nous sommes libres; et voilĂ que tu as enfoui dans notre tĂȘte le titre de notre futur esclavage » Ce pays est Ă nous // ce pays est Ă toi » Tu nâes pas esclave// tu veux nous asservir » Critique des valeurs de la sociĂ©tĂ© EuropĂ©enne-LâimpĂ©ratif pleurez » rĂ©pĂ©tĂ© Ă plusieurs reprises, lâapostrophe malheureux Tahitiens » qui est un adjectif pĂ©joratif et la pĂ©riphrase dĂ©gradante soulignant la malveillance des EuropĂ©ens qui sâoppose Ă la naĂŻvetĂ© des vieillard dĂ©nonce les valeurs de la civilisation europĂ©enne. LâidĂ©e de propriĂ©tĂ© estau cĆur de celle-ci Elle sâapplique aux biens matĂ©riels et aux terres ce pays est Ă nous » Mais aussi aux ĂȘtres humains les colonisateurs sâapproprie les femmes tahitienne et rĂ©duisent les tahitien en montre que le pouvoir et la propriĂ©tĂ© entraĂźne une jalousie tu es venu allumer en elle des fureurs inconnues » vous vous ĂȘtes Ă©gorger Pour elles » qualifie les hommes civilisĂ©s de mĂ©chant Ă travers un champ lexical fort poursouligner cette cruautĂ© avec des verbes comme enchaĂźner » , assujettir » asservir » qui traduit lâattitude des EuropĂ©ens envers les tahitiensII- Une vision utopique de la vie sauvage1. Ăloge de la vie naturelle-le bonheur des tahitien est rattachĂ© Ă la notion trĂšs prĂ©sente de la nature nous suivons le pur instinct de la nature Â»ï»żSupplĂ©mentau voyage de bougainville de diderot : analyse complĂšte de l'oeuvre par Sophie Lecomte aux Ă©ditions Fichesdelecture.com. Cette fiche de lecture sur le SupplĂ©ment au voyage de Bougainville de Diderot propose une analyse complĂšte : un rĂ©sumĂ© du SupplĂ©ment au Voyage de Bougainvi LE DISCOURS DU VIEUX TAHITIEN Extrait du SupplĂ©ment au LE DISCOURS DU VIEUX TAHITIEN Extrait du SupplĂ©ment au voyage Ă Bougainville de Diderot I. - - - Analyse du discours et de sa vĂ©hĂ©mence Celui qui parle 1 est prĂ©sent ms sâexprime au nom dâune communautĂ©. Utilisation de nous ou le Tahitien. Il est le porte-parole dâune sociĂ©tĂ© opprimĂ©e Opposition celui Ă qui il parle 2 est sans cesse interpellĂ© tu + Adj. Poss. 2Ăšme pers. A presque toutes les lignes 1 dit tout ce quâil a sur le cĆur, 2 nâa pas le temps de se dĂ©fendre reproches inĂ©branlables Rythme du texte dicte lâintonation Phrases courtes, agressives et nerveuses Absence de liaisons & parallĂ©lismes Vocabulaire + Intonation Transmission de lâindignation et de la colĂšre des indigĂšnes au lecteur et Ă lâinterlocuteur immĂ©diat Tu nâes ni un dieu, ni un dĂ©mon qui es-tu donc pour faire des esclaves ? Propositions simples & sĂ©parĂ©es par ponctuation expressive et grave le discours solennel est marquĂ© de pauses Oppositions avec mais, tout est Ă tous Indignation devant le comportement des colons ModalitĂ© exclamative dominante 2 propositions injonctives laisse-nous & Ă©carte promptement Vieillard donne des ordres et harcĂšle son interlocuteur par un dialogue fictif et vif Questions & interrogations Ce pays est Ă toi ? marquent une exaspĂ©ration marquĂ©e dâindignation Quel droit as-tu quâil nâait pas sur toi ? le lecteur se voit obligĂ© de formuler une rĂ©ponse nĂ©gative EfficacitĂ© des questions rhĂ©toriques BUT - Le lecteur europĂ©en doit regretter la conduite de ses semblables - Vieillard = Sage des contes orientaux, il en a la sagesse et lâautoritĂ© - Discours portĂ© par une argumentation sans faille et un Ă©lan qui entraĂźne notre adhĂ©sion II. Analyse de lâargumentation du vieillard Alliance dâarguments de circonstance et dâarguments gĂ©nĂ©raux reposant sur valeurs intangibles - Raisons de la colonisation sont discrĂ©ditĂ©es Mettre le pied sur terre Expression familiĂšre & concrĂšte ne suffit pas pour la considĂ©rer sienne Le vieillard envisage une hypothĂšse absurde mais intelligente lâinversement des rĂŽles A quâen penserais-tu ?, la rĂ©ponse est Tu penserais que câest injuste et injustifiable sur le plan rationnel. De mm pour lâesclavage Tu n es pas esclave[âŠ] veux nous asservir Vieillard invite celui qui fait souffrir les autres Ă sâinfliger le mm sort et Ă rĂ©flĂ©chir 1 - Argument plus gĂ©nĂ©ral La Raison du + fort ne justifie toujours pas lâinjustifiable Comparaison du comportement des colonisateurs et des colonisĂ©s qui subissent Disproportion entre le vol de bagatelles or et la csq Vol de tout un pays !Tahitien dresse tableau en nĂ©gatif* de lâattitude conciliante et bienveillante de son peuple Ă lâĂ©gard des EuropĂ©ens hostiles et agressifs - MS Arguments les + forts & les + gĂ©nĂ©raux st au milieu de lâextrait Le Tahitien est ton frĂšre, nous avons respectĂ© notre image en toi Il faut donc voir des frĂšres en tous les hommes Câest donc le prĂ©tendu sauvage qui fait une leçon de morale au prĂ©tendu civilisĂ© Ce renversement est un coup magistral de Diderot III. HabiletĂ© extrĂȘme de Diderot qui est maĂźtre dâĆuvre de cette mise en scĂšne - Diderot donne sa voix aux colonisĂ©s Diderot met sa rhĂ©torique apprise chez les JĂ©suites au service au service des opprimĂ©s Renverse la situation Fait la leçon de lâOccidental en prenant la parole du colonisĂ© - ! Cela ne signifie pas que Diderot prend en charge la dĂ©fense de lâĂ©tat de nature ni quâil dĂ©nigre les LumiĂšres au profit de lâignorance Il donne une leçon de relativitĂ© aux Occidentaux qui se croient supĂ©rieurs Il donne une leçon dâhumanitĂ©, exhorte les hommes Ă regarder les autres comme lâimage dâeux-mĂȘmes sinon les raisons des LumiĂšres, imposĂ©es par la force, seraient considĂ©rĂ©es inutiles par les opprimĂ©s Nous ne voulons point troquer ce que tu appelles notre ignorance contre tes inutiles lumiĂšres - La parole est donc sage et fait rĂ©flĂ©chir celui qui opprime et qui se croit supĂ©rieur ; ceci est le principe des contes philosophiques. Tahitien=Candide, lâIngĂ©nu, le Persan. Le Tahitien fait la leçon aux EuropĂ©ens en appliquant un regard neuf Ă des pratiques qui semblent lĂ©gitimes ms qui sont contraires aux lois naturelles. La Colonisation prĂ©sentĂ©e du point de vue indigĂšne est une idĂ©e originale et intĂ©ressante. Le discours du vieillard soulevĂ© par un ample mouvement oratoire et soutenu par des arguments infaillibles ne dâadresse pas quâĂ Bougainville, il met en garde tous les lecteurs contre la FACILITE ET LâINHUMANITE DE LâESCLAVAGE. Par lâintermĂ©diaire du vieillard, Diderot rĂ©vĂšle la face cachĂ©e des colonies. En inversant les rĂŽles & en invitant le lecteur Ă se mettre Ă la place des opprimĂ©s, Diderot rĂ©alise un coup de maĂźtre. 2 Fichede lecture sur le SupplĂ©ment au voyage de Bougainville de Diderot. Notre analyse du SupplĂ©ment au Voyage de Bougainville de Diderot comprend : un rĂ©sumĂ© du SupplĂ©ment au Fiche de lecture sur le SupplĂ©ment au voyage de Bougainville de Diderot. Notre analyse du SupplĂ©ment au Voyage de Bougainville de Diderot comprend ... Lire la suite 9,99 ⏠Neuf Ebook TĂ©lĂ©chargement immĂ©diat 3,99 ⏠ExpĂ©diĂ© sous 2 Ă 4 semaines LivrĂ© chez vous entre le 13 septembre et le 27 septembre Fiche de lecture sur le SupplĂ©ment au voyage de Bougainville de Diderot. Notre analyse du SupplĂ©ment au Voyage de Bougainville de Diderot comprend un rĂ©sumĂ© du SupplĂ©ment au Voyage de Bougainville, une analyse des personnages ainsi qu'une analyse des thĂšmes et axes de lecture. Cette fiche de lecture sur Le SupplĂ©ment au Voyage de Bougainville de Diderot a Ă©tĂ© rĂ©digĂ©e par un professeur de français. A PROPOS DE LA COLLECTION La sĂ©rie offre des contenus Ă©ducatifs aux Ă©tudiants et aux professeurs tels que des rĂ©sumĂ©s, des analyses littĂ©raires, des questionnaires et des commentaires sur la littĂ©rature moderne et classique. Nos documents sont prĂ©vus comme des complĂ©ments Ă la lecture des oeuvres originales et aide les Ă©tudiants Ă comprendre la littĂ©rature. FondĂ© en 2001, notre site s'est dĂ©veloppĂ© trĂšs rapidement et propose dĂ©sormais plus de 2500 documents directement tĂ©lĂ©chargeables en ligne, devenant ainsi le premier site d'analyses littĂ©raires en ligne de langue française. FichesdeLecture est partenaire du MinistĂšre de l'Education du Luxembourg depuis 2009. Date de parution 10/12/2014 Editeur ISBN 978-2-511-02831-5 EAN 9782511028315 PrĂ©sentation BrochĂ© Nb. de pages 24 pages Poids Kg Dimensions 12,7 cm Ă 20,3 cm Ă 0,1 cm Lectureanalytique nÂș9, SupplĂ©ment au voyage de Bougainville, Diderot; Fiche de lecture "MĂ©thodologie de l'intervention en travail social" Fiche de lecture de Voyage Au Bout de la Nuit, Louis Ferdinand CĂ©line; Fiche de lecture, « Hors de moi », Claire MARIN, 2008. Fiche de lecture - Histoire de la guerre d'indĂ©pendance algĂ©rienne
Bienvenuedans la collection Les Fiches de lecture dâUniversalis La genĂšse et lâĂ©dition des Ćuvres de Diderot (1713-1784) sont souvent complexes et problĂ©matiques : comme leBienvenue dans la collection Les Fiches de lecture d'UniversalisLa genĂšse et l'Ă©dition des Ćuvres de Diderot 1713-1784 sont souvent complexes et problĂ©matiques comme le Paradoxe sur le comĂ©dien conçu en 1769, publiĂ© en 1830, le SupplĂ©ment au Voyage de Bougainville n'est Ă l'origine qu'un compte rendu de lecture destinĂ© Ă La Correspondance littĂ©raire de Grimm une note sur le Voyage autour du monde 1771 que Bougainville rĂ©digea Ă partir du Journal tenu lors de son voyage Ă Tahiti 6-15 avril 1768. Une fiche de lecture spĂ©cialement conçue pour le numĂ©rique, pour tout savoir sur SupplĂ©ment au Voyage de Bougainville de Denis DiderotChaque fiche de lecture prĂ©sente une Ćuvre clĂ© de la littĂ©rature ou de la pensĂ©e. Cette prĂ©sentation est couplĂ©e avec un article de synthĂšse sur l'auteur de l' propos de l'Encyclopaedia Universalis Reconnue mondialement pour la qualitĂ© et la fiabilitĂ© incomparable de ses publications, Encyclopaedia Universalis met la connaissance Ă la portĂ©e de tous. Ăcrite par plus de 7 200 auteurs spĂ©cialistes et riche de prĂšs de 30 000 mĂ©dias vidĂ©os, photos, cartes, dessins..., l'Encyclopaedia Universalis est la plus fiable collection de rĂ©fĂ©rence disponible en français. Elle aborde tous les domaines du savoir. 82qXd.